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Sông Đà, la rivière noire, de Vi Nguyen

Sông Đà

Sur quatre-vingts ans traversés par la guerre, l’exil et les séparations, Sông Đà. La rivière Noire reconstitue le destin d’une femme vietnamienne dont la vie entière aura été une leçon de résistance et d’espoir. Inspiré de l’histoire de sa famille, le premier roman de Vi Nguyen prend la forme d’un récit à la première personne qui happe dès les premières lignes. De Cao Bàng aux bords de la rivière Noire, de Saigon sous les bombes, au Québec des années 1970, Nguyên Thị Hiêu raconte ses fuites, ses deuils, ses bonheurs et ses pertes avec une économie de moyens qui force le respect. La concentration du récit en fait toute la puissance : chaque page porte le poids de ce qui ne sera pas dit deux fois. Roman de la mémoire et du refus du silence, Sông Đà. La rivière Noire s’inscrit dans la lignée des grandes œuvres de la littérature diasporique québécoise tout en imposant une voix émergente singulière, celle d’une autrice inspirée par une femme qu’elle admire et aime, sa grand-mère.

 

Les 7 branches – Adam Nguyen, 2026 (Documentaire)

Ce documentaire autoproduit, écrit et réalisé par Adam Nguyen, dure une cinquantaine de minutes. Il donne la parole aux sept enfants de ses grands-parents, qui retracent la trajectoire de leur père et de leur mère. Il convient de le préciser d’emblée : il s’agit avant tout d’un film intime, construit comme un récit familial. On peut dès lors s’interroger sur l’intérêt qu’un tel récit de vie, consacré à un homme et une femme nés en Asie puis installés avec leur famille en région parisienne, peut présenter pour un public extérieur à ce cercle familial.
Sur le plan formel, le documentaire repose principalement sur une série d’entretiens menés par le réalisateur avec ses oncles et tantes, qu’il désigne comme les « sept branches », en référence à leur place dans l’arbre généalogique. À travers ces échanges, il revient sur les différentes étapes de l’existence de ses grands-parents : celle du grand-père, d’origine indienne, et celle de la grand-mère, vietnamienne. Le film adopte ainsi une structure chronologique, allant de l’enfance au Vietnam aux années passées en Inde, puis à l’arrivée en France, à l’installation dans le pays d’accueil, au vieillissement et, enfin, au décès successif du grand-père puis de la grand-mère.
D’un point de vue technique, l’ensemble est soigné. La mise en scène demeure sobre : les témoignages se succèdent dans un dispositif d’entretien classique, mais efficace, soutenu par un montage fluide. Le film mobilise également des photographies familiales, des archives visuelles et quelques images filmées issues de fonds extérieurs. À cela s’ajoutent deux ou trois images vraisemblablement générées par intelligence artificielle, utilisées pour illustrer certains souvenirs.
L’intérêt du documentaire, pour un chercheur travaillant sur les enjeux de mémoire, réside dans la manière dont un descendant organise la collecte et la mise en récit de la parole familiale. Le film permet d’observer les questions posées, les modalités de réponse et, plus largement, la construction d’un récit intergénérationnel. Certes, le spectateur n’a pas accès à l’ensemble du matériau recueilli : le montage opère nécessairement une sélection. Or cette sélection constitue précisément un objet d’analyse. Elle révèle ce que le réalisateur, à la fois collecteur, monteur et héritier, juge digne d’être transmis. Même lorsqu’il cherche à rester fidèle aux témoignages, son travail implique des choix subjectifs, sensibles et narratifs. En rendant cette matière publique, il ne se contente donc pas d’assembler des souvenirs : il leur donne une forme cohérente, susceptible d’être reçue par des spectateurs extérieurs à la famille.
La progression du film ne relève pas seulement d’un ordre chronologique. Elle s’organise aussi autour d’un motif central, explicitement formulé au début comme à la fin du documentaire : celui du sacrifice. Ce sacrifice est attribué aux grands-parents, mais il est également perçu par leurs enfants, qui en deviennent les témoins et les interprètes. Ce thème est fréquent dans les récits de descendants de personnes immigrées. L’exil, la migration, le déclassement social et la perte de privilèges y sont souvent associés à l’idée d’un effort parental redoublé, destiné à assurer aux enfants les meilleures conditions de vie possibles. Le documentaire apparaît ainsi comme un geste mémoriel et commémoratif, mais aussi comme un hommage explicite à deux figures fondatrices, assimilées au tronc familial par la métaphore de l’arbre généalogique.
Sur le plan historique, le film fournit seulement quelques repères permettant de situer les trajectoires individuelles dans un contexte plus large. Les raisons précises de la présence de cette famille indienne au Vietnam demeurent peu développées, même si elles peuvent être comprises dans leurs grandes lignes. L’offensive du Têt en 1968 et la chute de Saïgon en 1975 sont toutefois mentionnées comme des événements majeurs, venus bouleverser le projet familial et précipiter le départ, d’abord vers l’Inde, puis vers la France. Le documentaire s’inscrit ainsi dans une forme relativement classique de double récit biographique et familial, comparable à d’autres documentaires, mémoires ou récits de vie consacrés aux trajectoires migratoires. Son originalité tient moins à son dispositif qu’à la manière dont il incarne cette histoire : le récit est clairement construit, accessible, et rend perceptible l’adaptation progressive de la famille à des contextes successifs.
Plusieurs éléments évoqués rejoignent des problématiques bien identifiées dans les travaux sur les migrations et l’exil : le déclassement social, la précarisation, mais aussi les expériences de racisme vécues par les enfants en tant que métis indo-vietnamiens. Au Vietnam, ils ne sont pas perçus comme suffisamment vietnamiens ; en Inde, ils sont critiqués ou rejetés parce qu’ils sont assimilés à des Chinois. Face à ces formes d’exclusion, les témoins, aujourd’hui âgés d’environ soixante à quatre-vingts ans, expriment une reconnaissance marquée envers la France et la société française, notamment pour l’accueil, l’intégration et les solidarités dont ils ont bénéficié à leur arrivée. Plus encore, le film suggère que la trajectoire migratoire a profondément marqué la psychologie des parents et leur manière d’exercer leur rôle parental. Le déclassement et la perte des ressources antérieures semblent notamment conduire la mère à une anticipation permanente du pire. La réussite familiale se trouve finalement associée, comme cela est indiqué à la fin du documentaire, à l’accession à la propriété et à l’achat d’un pavillon.
Les questions d’éducation occupent également une place importante. La dureté et la sévérité parentales peuvent être interprétées à la fois au regard de la culture d’origine et de la situation de précarité produite par l’exil. Le motif du sacrifice implique aussi une forme de pression exercée sur les enfants, même si cette dimension demeure peu explicitée dans le film. Celui-ci adopte en effet une tonalité très bienveillante à l’égard des parents disparus et ne propose pas de véritable lecture critique. Ce choix est compréhensible au regard de la fonction mémorielle et hommageante du documentaire, mais il limite l’exploration des tensions éventuelles au sein de la famille. Les difficultés évoquées restent principalement extérieures : elles relèvent de la guerre, de l’exil, de la précarité ou du racisme, plutôt que des relations internes au couple, à la fratrie ou au groupe familial élargi. Aborder ces dimensions supposerait certes d’en disposer et d’accepter de les rendre publiques ; cela permettrait toutefois de saisir plus finement la complexité des relations familiales en contexte migratoire.
Dans ses dernières minutes, le documentaire aborde le vieillissement, les derniers instants des grands-parents et l’expérience du deuil, notamment celle de la grand-mère devenue veuve. Il montre ensuite la reconfiguration des liens familiaux autour du soin apporté à cette femme désormais seule, puis les effets de sa disparition sur les enfants. Cette séquence, bien que brève, ouvre une réflexion sur la fin de vie, la transmission et la disparition progressive d’une génération.
Enfin, le film laisse entrevoir la présence des générations suivantes, sans véritablement approfondir leur rapport à cette histoire. On comprend pourtant, comme cela est affirmé en conclusion, que le documentaire leur est aussi destiné. Il serait dès lors intéressant d’interroger leur propre relation à la mémoire familiale, au pays d’origine, à l’histoire migratoire et aux formes de transmission culturelle. Le discours demeure en effet relativement homogène : il propose le double portrait d’un homme et d’une femme, raconté par leurs enfants à travers les souvenirs d’une enfance présentée comme globalement heureuse, malgré la guerre et l’exil. Cette perspective rappelle, par certains aspects, le travail de Marcelino Truong. Si le rapport des oncles et tantes à la France apparaît relativement apaisé, on aimerait en savoir davantage sur leur rapport à l’histoire, aux appartenances nationales et culturelles, ainsi qu’à ce qu’ils souhaitent transmettre à leurs propres enfants. Le documentaire se présente finalement comme un témoignage filial adressé aux parents disparus, clos par des paroles d’amour et de gratitude.

 

Born in Cần Thơ and Raised in the US, Rapper Mixed Miyagi Stays True to His Many Roots –

Born in Cần Thơ and Raised in the US, Rapper Mixed Miyagi Stays True to His Many Roots

 

“Miền Tây sông nước tao ngắm cánh đồng xanh / Buổi sáng là thức dậy để đi cày mà làm ăn / Trên đời này thành công là siêng năng / Không có giống mấy thằng chó, có chút tiền rồi kiêu căng.”

If you listened to these bars without accompanying visuals, you would likely picture a local rapper rhyming while driving around his hometown rice fields, perhaps interspersed with footage performing in a rowdy Saigon nightclub. Reality is unexpected though.

Wearing an Angkor Wat tourist shirt and rapping inside a shopping cart being pushed down the aisles of an American grocery store as his braids swing, Mixed Miyagi‘s appearance juxtaposed with his flawless Vietnamese helped the video for ‘Việt Nam Xin Chào’ go viral last year. People were astonished by the sight of someone of African descent rapping so smoothly in Vietnamese.

Read the full article of Saigoneer (28/07/2022)

URL : https://saigoneer.com/quang-8-octave/25677-born-in-c%E1%BA%A7n-th%C6%A1-and-raised-in-the-us,-rapper-mixed-miyagi-stays-true-to-his-many-roots

Mixed Miyagi | Việt Nam Xin Chào – Youtube (nov.2020)

URL : https://www.youtube.com/watch?v=eH6lCcppzpg

About Mixed Miyagi:

Originally from Can Tho, Vietnam, “Miyagi” was raised in Tampa, FL, where he was captivated by the Hip-Hop culture. As a biracial immigrant, his music expresses passion for social justice, cultural awareness, lyricism and clever wordplay.

Sinh ra ở Cần Thơ, “Miyagi” đã lớn lên ở Tampa, FL, nơi mà anh ấy tìm được sự đam mê ở trong Hip-Hop. Một người nhập cư và con lai, âm nhạc của anh ấy tập trung vào sự công bằng xã hội, nhận thức văn hóa, thơ nhạc trữ tình và phong cách chơi chữ thông minh.

Link: https://www.youtube.com/@MixedMiyagi

About Saigoneer (Wikipedia):

Saigoneer is a digital news site based in Ho Chi Minh CityVietnam.[1][2] Founded in 2012 by Brian Letwin and Alberto Prieto,[3] Saigoneer hosts daily news reporting, original, and branded content in English, Vietnamese, and Korean.[4][5][6][7] In January 2018, Saigoneer launched the Saigoneer Podcast, one of the first English podcasts produced in Vietnam.[6]. 

https://saigoneer.com/

“Viet World Wide” Lee7 ft. Fawng Daw & TwoTee (English, German, Vietnamese Rap)

“Viet World Wide” Lee7 ft. Fawng Daw & TwoTee (English, German, Vietnamese Rap)

(Fawng Daw)

Vietnam, Vietnam, it is a part of us

But whenever we go back they call us foreigners

Viet Kieu, that is what they callin me

And over here, I’m just a minority…

(Twotee)

Ich frage mich oft, wären meine Eltern enttäuscht

Wenn ich eines Tages heirat und die Braut wäre deutsch

Oder ein anderes Land, was nicht die selbe Sprache spricht

Wäre meine Kultur kaputt vom selben Tag an?

(Lee7)

Con không sinh ở đây, nhưng lớn cùng với tháng ngày

Con là người Việt chính gốc da vàng tóc đen cùng với giấy tờ định cư ở bên tây

Điều mà con học khi sang bên đây là làm quanh năm dù nắng cháy

Mẹ dạy cho con là phải hiên ngang mà sống cho dù có trắng tay

—-

Written and performed by Fawng Daw, Twotee, Lee7

Video directed and edited by Viet Phuong Dao (aka Fawng Daw), July. 2014, Youtube.

Camera by Mensus Nguyen, Celine Nguyen, Twotee, and Viet Phuong Dao

URL : https://www.youtube.com/watch?v=uALoe5Xpdns

—-

About Fawng Daw : Phuong Dao is a filmmaker and musician based in Hamburg, Germany.

https://www.youtube.com/@Fawngdaw

About TwoTee: underground Vietnamese hip-hop artist known for early 2010s tracks like “Viet World Wide”

https://www.instagram.com/twotee089/

About Lee7 : Lê Hoàng Dương is a rapper born in Hanoi and based in Munich, Germany

https://viethiphop.vn/threads/lee7.9133/.

 

 

Débridé Stories – Caroline

Dans ce deuxième épisode de Débridé Stories, on rencontre Caroline, femme d’origine vietnamienne qui revient sans détour sur une vie tiraillée entre deux cultures, deux éducations, deux versions d’elle-même. Derrière le sourire… il y a une vraie histoire. Dans cette interview, Caroline parle sans filtre de : son éducation vietnamienne et le poids des attentes familiales les complexes qu’elle a traînés — et d’où ils viennent vraiment sa relation à la liberté, ce qu’elle a dû conquérir sa vie au Vietnam et ce que ce pays représente pour elle ce qu’elle dirait aujourd’hui à la petite fille qu’elle était

Hearts of Freedom – Coeurs en liberté 042 : LE Tien Dung

HOF042: LE Tien Dung

Tien-Dung left Vietnam at the age of 14 years with his parents and his two siblings, 3 days before the fall of Saigon.  At the time, his father was able to get the seats through his contacts. The family flew to Wake Island in Micronesia and stayed for a month.

They then landed in Guam, May 20, 1975 where they met with Canadian Immigration officials. The family’s request for asylum was approved and they arrived in Montreal on May 23, 1975, where his mother pursued French language training and he and his brother took French course offered by Quebec government. His parents opened a convenience store to support the family. Dung participated in a radio tribune and wrote several articles about his migration to Canada, one of them been published in LaPresse+.

Tien-LÊ, Tien-Dung a quitté le Vietnam à l’âge de 14 ans avec ses parents, son frère et sa sœur, 3 jours avant la chute de Saigon (27 avril 1975). À cette époque, son père avait des contacts qui ont fourni à sa famille un moyen de transport hors du pays. La famille a pris l’avion pour l’île de Wake en Micronésie où elle est restée pendant un mois.

Ils ont ensuite atterri à Guam, le 20 mai 1975, où ils ont rencontré des représentants de l’immigration canadienne. La demande d’asile de la famille a été approuvée et ils sont arrivés à Montréal le 23 mai 1975. Une fois installé, sa mère a suivi un cours de français offert par le COFI (Centre d’orientation et de formation pour les immigrants); son frère et lui ont suivi des cours de français dans des classes d’accueil. Ses parents ont, finalement, ouvert un dépanneur pour subvenir aux besoins de la famille. Il a donné une entrevue et a écrit quelques articles dont un a été publié sur LaPresse+ au sujet de sa migration au Canada.

Consulter le site Hearts of Freedom / Coeurs en liberté

Tout ira bien – Mathieu Lam

🎥 TOUT IRA BIEN réalisé par Mathieu Lam Sélection officielle Nikon Film Festival 2024 SYNOPSIS Dans un restaurant vietnamien, un couple commande du phở, déclenchant une réaction étrange chez la serveuse. Le chef, plongé dans un voyage émotionnel intense, prépare le plat emblématique tout en luttant contre des souvenirs douloureux et un héritage complexe lié à la recette.

ăn cơm – Clément Thanh Danh LÊ

“Ce jour-là, je perdrai tout ce qu’il y avait de vietnamien en moi”

La vidéo présentée par l’artiste, joue sur des récits visuels et textuels, montrant le travail de son père dans la cuisine de son restaurant vietnamien comme une sorte de rituel intime, presque sacré. La cuisine incarne à la fois un espace de création et de mémoire, où chaque geste, chaque ingrédient porte une signification multiple : c’est un lien entre deux générations, mais aussi un lieu de tensions. Les recettes vietnamiennes sont reconstituées mais s’éloignent de la tradition : elles doivent s’adapter à un nouveau contexte, une nouvelle langue, tandis que certains mots, intraduisibles, demeurent en suspens dans le silence.

L’artiste se reconnaît dans cette cuisine, y trouvant son propre reflet, dans l’entre-deux. Un panneau publicitaire détourné accompagne la vidéo, jouant sur les mots et les points

d’interrogation, il amène une dimension d’ironie et met en évidence l’introspection

identitaire de l’artiste, teintée de confusion.

Cette installation incite à réfléchir sur la force du rituel, la fragilité de la mémoire et le poids de la transformation, qui mènent à la perte et au silence.

(Texte descriptif écrit par Houda Bensebaa)

ăn cơm, 5’45, 2024

Réalisation : Clément Thanh Danh LÊ

Composition musicale : Jolan-Mihej Garcia-Papazian

Traduction-Interprétation : Ella Ward & Maya Minder

Mise en ligne le 3 déc. 2024 à 14:21

Voir la vidéo sur le site vimeo

The Lives of Vietnamese in Prague [Documentaire] EN

Ce court documentaire donne à voir quelques trajectoires de jeunes générations de la diaspora vietnamienne à Prague. Il rappelle quelques faits concernant la démographie (83 000 personnes, la troisième communauté du pays) et l’histoire de la migration (travailleurs venus dans les années 1980 pour se former et reconstruire le Vietnam détruit par la guerre). Le format est agréable et on peut suivre certaines figures de plus en plus connues sur place : l’actrice, modèle et autrice d’un livre à paraître Trang Do Thu. Elle officie, on le voit à l’écran, comme influenceuse d’un nouveau genre : ambassadrice de la culture vietnamienne en Tchéquie. Tung Nguyen est le représentant des entrepreneurs qui valorisent leurs réseaux et compétences transnationales et transculturelles pour prospérer dans la société marchande. Le marché Sapa, dans la banlieue sud de la capitale, est alors un terrain d’exotisme pour les touristes locaux qui “voyagent” sans quitter le pays.
Ce bref aperçu de personnes d’origine vietnamienne dans la capitale tchèque aborde les thématiques classiques propres aux secondes générations : leur rapport à la culture et notamment la cuisine, à l’identité, à la langue dans une quête d’intégration économique et d’affirmation d’identités multiples et complexes. On ne manque pas de mentionner la pression parentale quant aux choix de carrière, et la position sociale des parents, souvent gérants de *potraviny*, les épiceries parfois ouvertes tard.
Ce reportage est pourtant tout aussi éloquent de ce qu’il ne dit pas concernant la politique ou l’histoire notamment. S’il faut saluer les initiatives qui continuent d’interroger l’héritage culturel, comme le projet *Roots of future* qui est soutenu financièrement par les autorités européennes, comment se positionnent les jeunes vis-à-vis des questions de racisme, de mémoire de la migration ou de l’histoire du pays d’origine ? Du fait de leurs trajectoires migratoires, économiques pour le dire vite, et du fait de leurs situations administratives (conservant la nationalité vietnamienne), il est intéressant et important de souligner en quoi les communautés vietnamiennes d’Europe centrale ne partagent pas les mêmes inspirations politiques que les familles de réfugié.es des pays de l’Ouest (États-Unis, Canada, Australie, France). Pour autant, des questions demeurent identiques concernant la transmission des mémoires familiales, une relative expérience du racisme ou de la racialisation. Dans un pays qui est né de l’implosion du communisme, avec le spectre de la Révolution de Velours, il serait intéressant d’interroger les discours hérités ou tus de familles qui se sont éloignées, au moins géographiquement, de leur terre natale communiste. L’absence de cette question dans les documentaires consacrés n’est sûrement pas un oubli éditorial ou un tabou mais aussi le signe d’aspirations différentes de la jeunesse diasporique.

Ma tonkinoise, Hanaë Bossaert (podcast)

“Ma Tonkinoise”, reprise par Joséphine Baker, c’est la chanson que fredonnait souvent Gisèle, la grand-mère de Hanaë. Cette chanson, qui est censée être la chanson d’amour de jeunesse de Gisèle, raconte en fait la réalité coloniale de la relation entre un homme français et sa conquête vietnamienne. En tirant le fil de son histoire familiale, de Saigon en 1954 à Marseille en 2024, Hanaë se confronte à l’amnésie et ses conséquences, comme l’oubli de la langue, des rites, de la culture et finalement des mémoires historiques et intimes. Alors est-il encore possible de sauver les mémoires de l’Indochine française ? Injustices revient avec une nouvelle saison, Ma Tonkinoise, de Hanaë Bossert, dès le 1er février 2024.

Injustices est un podcast qui décortique les injustices structurelles. La saison 7 intitulée “Ma Tonkinoise” est une enquête familiale dans les mémoires enfouies de l’Indochine française, signée par Hanaë Bossert.

Abonnez-vous et écoutez sur Apple PodcastsSpotifyCastboxYoutubeSoundcloudDeezer et sur toutes vos applis grâce au flux RSS.

Réalisation sonore : Anne Buy | Montage : Kiana Von Schoen | Chargée de production : Louise Hemmerlé | Attachée de production : Elsa Berthault | Musique : Michael Liot et Saigon Soul Revival | Illustration : Adeline Schöne

Nos mémoires. Vietnam, les enfants oubliés

Résumé des Épisodes :

  1. Sénégal – Fils de Tirailleur
    Auteur : Karfa Diallo
    Ce récit poignant, écrit par Karfa Diallo, explore la lutte d’Abdoulaye Diallo, un tirailleur sénégalais, pour obtenir la reconnaissance et la pension méritées de la France. Les contributions et sacrifices des 300 000 hommes africains de l’Ouest, combattants dans l’armée française, sont soulignés.
  2. Martinique – L’Île Empoisonnée
    Autrice : Léa Mormin-Chauvac
    Léa Mormin-Chauvac dévoile l’histoire dramatique de la Martinique, marquée par l’utilisation massive du pesticide Chlordécone. Cet épisode met en lumière les conséquences sanitaires à long terme et le combat pour l’interdiction de ce produit toxique.
  3. Vietnam – Les Enfants Oubliés
    Auteur : Louis Raymond
    Louis Raymond nous plonge dans le récit de Néjame Aboubakar et d’autres enfants d’Indochine, rapatriés en France. Leur intégration forcée et la perte de leur culture natale sont évoquées, ainsi que la transmission mémorielle de cette expérience d’exil et de déracinement.
  4. Polynésie – Le Mirage Nucléaire
    Autrice : Titaua Peu
    Titaua Peu raconte les impacts de 193 essais nucléaires en Polynésie française. Elle aborde la promesse illusoire du progrès et les conséquences environnementales et sanitaires, dévoilant une réalité souvent occultée.
  5. Guyane – Atteinte à la Sûreté de l’État
    Autrice : Lauriane Nembrot
    Lauriane Nembrot explore les dynamiques de l’indépendantisme guyanais et la répression étatique française. L’épisode soulève des questions sur le statut administratif de la Guyane et son histoire marquée par les conflits politiques.

 

 

Regarder Ru, point de vue de Pascal Huynh [ressource]

https://www.ledevoir.com/opinion/idees/807182/idees-regarder-ru-tant-quebecois-origine-vietnamienne

Dans ce texte d’opinion, Pascal Huynh partage ses impressions après avoir vu l’adaptation au cinéma du roman Ru de Kim Thuy.

Lire aussi Habiter au Vietnam pour se décoloniser – Pascal Huynh

Voir cette contribution sur la carte ASIan MIGration MAP.

Emilie Tôn’s debut novel [EN]

Des rêves d’or et d’acier is a novel written by Emilie Tôn, published at the end of 2022 by a small, emerging publishing house, Hors d’atteinte, which describes itself as feminist and wants to contribute to emancipatory struggles. As I was finishing writing my thesis on family memory issues among people of Vietnamese origin, this biography of a Cham Vietnamese refugee in eastern France, compiled and written by his daughter, obviously caught my attention. While it’s clearly not the first testimony of its kind, what interests me is both the book as a narrative and the act of writing down the memory, especially as it is staged.

Passing on dreams and hopes

The book recounts the exile of the main character, Liêm, from Vietnam to France, through Cambodia and Thailand. Between the gold symbolising carefree childhood and the steel referring to the factories in Lorraine, we follow the misfortunes, hopes and tragic fate of one man, one family and millions of refugees. The progression is chronological and geographical. The first part takes us to pre-1975 Vietnam through the eyes of a child, the second takes us through Cambodia and dwells on life in the refugee camps in Thailand, while the final part brings us into the daily life of the immigrant man that the child has become.

Although the story is constructed like a novel, the author is also present as the narrator, and the back and forth between the third-person action and the personal incisions add a very pleasant rhythm. The many passages in italics take us outside of the plot, behind the scenes of the writing, close to the author, who is seen as much as a daughter as an investigator. One might think that Liêm’s itinerary would be enough to make a novel, so many adventures and twists give consistency to the narrative. However, the book is also a reflection on the importance of memory and its impact on the current lives of younger generations. The author says that what motivates her is to explore the life of her father, “this anonymous hero”, in order to better understand who he is today, particularly in his fathering skills. In this way, the narrative becomes the subject of a personal memory that is scrutinised, for example, from the point of view of mental health. Finally, although the author-narrator is in the background, she subtly questions her own destiny, her own trajectory within the family line and within her father’s migratory journey. Ultimately, the question of the place of parents and second generations is always there, as an implicit and sometimes explicit issue when Émilie confides about her doubts about pursuing higher education because of her social background. The book looks at how dreams and hopes are passed on.

Narrative identities

The story begins with a description of a television sequence, which is not trivial. The writing is very direct, effective and precise, leading readers to question their own judgement. Is this linked to the fact that the author is a journalist? I simply notice how easily the images come to us when we read. The descriptions are there to set the scene against which the actions unfold. In a way, the book is written like a film. The cinematic style questions the way we perceive the narrative and the story. The author herself says that it was through Hollywood that she first discovered the war. The way we think about the history of Vietnam and periods of war, even through family accounts, is inevitably imbued with this American imagination. It is precisely for this reason that we need to propose other narratives, other stories to rethink history.

This great history, the backdrop to the father’s adventures, is finely recounted and documented to enable an uninformed audience to grasp the political issues that underpin the situations described. From this point of view, it is the rigour and journalistic precision that give the novel an educational dimension, or make it accessible in any case. This documentary dimension raises questions about the value placed on testimony and the place of personal memory. As Sabine Huynh writes in Elvis à la radio about her childhood memories and memory in general, the true and the false are always mixed up. Our memories are constantly being reproduced, recomposed and rewritten. But this should not weaken the stories, which are always in some way sincere, faithful to the moments in which they are told. This is where the work of history is necessary, in order to compose, from different sources, what is true or at least plausible.

From a sociological point of view, the narrative is first and foremost about the person telling it, insofar as that person is telling themselves. As a novel, the father is a character we seek to understand in the construction of himself, in his choices and in the way in which history and the societies through which he passes condition his trajectory, how he fights for his free will. The memories he recounts, imprecise or incomplete, reflect the imperfection of the person he is, and convey his “truth”. In this respect, the character is a good illustration of the concept of narrative identity developed by Paul Ricœur, i.e. the idea that we are only what we want to tell others and ourselves about ourselves. To say this is not to delegitimise history, but to question our relationship to truth and fiction, at a time in the creative process when works ‘drawn from a true story’ are received differently from works of pure fiction.

Singular and universal fates

This book also deals with the dynamics of memory transmission. It is often said that Asian people in general don’t talk, don’t confide, and this trait is attributed both to the culture perceived as “Confucian” and to the psychology of trauma. Here, we have a fine counter-example in the form of a father who “likes to tell stories” and is critical of the notion of trauma as a “French thing”, even though without him, of course, the story on which the book is based would never have come into being. The question I asked myself in my work on the sociology of the transmission of identity was rather how to liberate and circulate this voice. What are the conditions that encourage the circulation of stories between parents and children?

Of course, not everyone is as talkative as her father, and not everyone has the ability to collect oral memory and turn it into a book. But in our generation there is a growing desire to tell the stories of our forebears and loved ones before they get lost.

Returning to the homeland is crucial to understanding memories and anecdotes. Here too, like a whole generation born abroad, Emilie Tôn discovers a territory, rediscovers the culture, the local cuisine and then a certain way of staging the memory. As in Mai’s self-published graphic novel Vê, in which she recounts her return, visits to national museums are an opportunity to approach other discourses, other narratives, to confront other images and other imaginaries with which there was a distance. The experience of returning is crucial, as the author writes in black and white: “I was nineteen at the time, visiting Vietnam for the first time, and what I saw left me speechless”. Her internship in Cambodia gave her a little time to explore the region, and the territory, the site of a collective memory, was the perfect alibi for getting the father to talk:

“The mood is one of confidence. I try to project myself into my father’s story, to follow in his footsteps. I ask him:

– Has Cambodia always been like this?

– You can’t even imagine.

In this novel, we read, feel and sense the closeness of a father and daughter. However, while writing may appear to be the best pretext for transmission, we must be wary of idealising postures. When she wants to share information about a specific time and place in her exile, her enthusiasm for unravelling the past contrasts with his desire to forget about it. “I hasten to share this interesting information with my father. But he doesn’t understand my approach: “I never wanted to be there. Why would you want to go?

This novel is one in a series of works by new generations of people of immigrant descent in the broadest sense. It reflects the spirit of an era, of young people seeking to make the most of a dense and complex heritage that combines national history, family memory, cultural traditions and new perspectives on racial identity, family and intergenerational relations, transmission and all that goes with it.

We still more or less know the broad outlines of national histories. With stories like this one, or like the recent graphic novel Sống by Mai Anh and Pauline Guitton, or the books by Marcelino Truong and Clément Baloup before him, we immerse ourselves in the materiality of the past based on concrete, embodied lives, and let ourselves be affected by destinies that are always both singular and universal.

Emilie Tôn, Des rêves d’or et d’acier, Hors d’atteinte, 2022, 400 pages

Sociologie du retour de la diaspora vietnamienne (9) – Identités : race, classe, genre

Cette série de recensions s’intéresse aux publications scientifiques concernant la diaspora vietnamienne qui retourne au Vietnam.
Lecture de “Achieving ethnic authenticity through ‘return’ visits to Vietnam: paradoxes of class and gender among the Britishborn Vietnamese” de Tamsin Barber.
Pour voir tous les articles de cette série, cliquez ici.