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Les 7 branches – Adam Nguyen, 2026 (Documentaire)

Ce documentaire autoproduit, écrit et réalisé par Adam Nguyen, dure une cinquantaine de minutes. Il donne la parole aux sept enfants de ses grands-parents, qui retracent la trajectoire de leur père et de leur mère. Il convient de le préciser d’emblée : il s’agit avant tout d’un film intime, construit comme un récit familial. On peut dès lors s’interroger sur l’intérêt qu’un tel récit de vie, consacré à un homme et une femme nés en Asie puis installés avec leur famille en région parisienne, peut présenter pour un public extérieur à ce cercle familial.
Sur le plan formel, le documentaire repose principalement sur une série d’entretiens menés par le réalisateur avec ses oncles et tantes, qu’il désigne comme les « sept branches », en référence à leur place dans l’arbre généalogique. À travers ces échanges, il revient sur les différentes étapes de l’existence de ses grands-parents : celle du grand-père, d’origine indienne, et celle de la grand-mère, vietnamienne. Le film adopte ainsi une structure chronologique, allant de l’enfance au Vietnam aux années passées en Inde, puis à l’arrivée en France, à l’installation dans le pays d’accueil, au vieillissement et, enfin, au décès successif du grand-père puis de la grand-mère.
D’un point de vue technique, l’ensemble est soigné. La mise en scène demeure sobre : les témoignages se succèdent dans un dispositif d’entretien classique, mais efficace, soutenu par un montage fluide. Le film mobilise également des photographies familiales, des archives visuelles et quelques images filmées issues de fonds extérieurs. À cela s’ajoutent deux ou trois images vraisemblablement générées par intelligence artificielle, utilisées pour illustrer certains souvenirs.
L’intérêt du documentaire, pour un chercheur travaillant sur les enjeux de mémoire, réside dans la manière dont un descendant organise la collecte et la mise en récit de la parole familiale. Le film permet d’observer les questions posées, les modalités de réponse et, plus largement, la construction d’un récit intergénérationnel. Certes, le spectateur n’a pas accès à l’ensemble du matériau recueilli : le montage opère nécessairement une sélection. Or cette sélection constitue précisément un objet d’analyse. Elle révèle ce que le réalisateur, à la fois collecteur, monteur et héritier, juge digne d’être transmis. Même lorsqu’il cherche à rester fidèle aux témoignages, son travail implique des choix subjectifs, sensibles et narratifs. En rendant cette matière publique, il ne se contente donc pas d’assembler des souvenirs : il leur donne une forme cohérente, susceptible d’être reçue par des spectateurs extérieurs à la famille.
La progression du film ne relève pas seulement d’un ordre chronologique. Elle s’organise aussi autour d’un motif central, explicitement formulé au début comme à la fin du documentaire : celui du sacrifice. Ce sacrifice est attribué aux grands-parents, mais il est également perçu par leurs enfants, qui en deviennent les témoins et les interprètes. Ce thème est fréquent dans les récits de descendants de personnes immigrées. L’exil, la migration, le déclassement social et la perte de privilèges y sont souvent associés à l’idée d’un effort parental redoublé, destiné à assurer aux enfants les meilleures conditions de vie possibles. Le documentaire apparaît ainsi comme un geste mémoriel et commémoratif, mais aussi comme un hommage explicite à deux figures fondatrices, assimilées au tronc familial par la métaphore de l’arbre généalogique.
Sur le plan historique, le film fournit seulement quelques repères permettant de situer les trajectoires individuelles dans un contexte plus large. Les raisons précises de la présence de cette famille indienne au Vietnam demeurent peu développées, même si elles peuvent être comprises dans leurs grandes lignes. L’offensive du Têt en 1968 et la chute de Saïgon en 1975 sont toutefois mentionnées comme des événements majeurs, venus bouleverser le projet familial et précipiter le départ, d’abord vers l’Inde, puis vers la France. Le documentaire s’inscrit ainsi dans une forme relativement classique de double récit biographique et familial, comparable à d’autres documentaires, mémoires ou récits de vie consacrés aux trajectoires migratoires. Son originalité tient moins à son dispositif qu’à la manière dont il incarne cette histoire : le récit est clairement construit, accessible, et rend perceptible l’adaptation progressive de la famille à des contextes successifs.
Plusieurs éléments évoqués rejoignent des problématiques bien identifiées dans les travaux sur les migrations et l’exil : le déclassement social, la précarisation, mais aussi les expériences de racisme vécues par les enfants en tant que métis indo-vietnamiens. Au Vietnam, ils ne sont pas perçus comme suffisamment vietnamiens ; en Inde, ils sont critiqués ou rejetés parce qu’ils sont assimilés à des Chinois. Face à ces formes d’exclusion, les témoins, aujourd’hui âgés d’environ soixante à quatre-vingts ans, expriment une reconnaissance marquée envers la France et la société française, notamment pour l’accueil, l’intégration et les solidarités dont ils ont bénéficié à leur arrivée. Plus encore, le film suggère que la trajectoire migratoire a profondément marqué la psychologie des parents et leur manière d’exercer leur rôle parental. Le déclassement et la perte des ressources antérieures semblent notamment conduire la mère à une anticipation permanente du pire. La réussite familiale se trouve finalement associée, comme cela est indiqué à la fin du documentaire, à l’accession à la propriété et à l’achat d’un pavillon.
Les questions d’éducation occupent également une place importante. La dureté et la sévérité parentales peuvent être interprétées à la fois au regard de la culture d’origine et de la situation de précarité produite par l’exil. Le motif du sacrifice implique aussi une forme de pression exercée sur les enfants, même si cette dimension demeure peu explicitée dans le film. Celui-ci adopte en effet une tonalité très bienveillante à l’égard des parents disparus et ne propose pas de véritable lecture critique. Ce choix est compréhensible au regard de la fonction mémorielle et hommageante du documentaire, mais il limite l’exploration des tensions éventuelles au sein de la famille. Les difficultés évoquées restent principalement extérieures : elles relèvent de la guerre, de l’exil, de la précarité ou du racisme, plutôt que des relations internes au couple, à la fratrie ou au groupe familial élargi. Aborder ces dimensions supposerait certes d’en disposer et d’accepter de les rendre publiques ; cela permettrait toutefois de saisir plus finement la complexité des relations familiales en contexte migratoire.
Dans ses dernières minutes, le documentaire aborde le vieillissement, les derniers instants des grands-parents et l’expérience du deuil, notamment celle de la grand-mère devenue veuve. Il montre ensuite la reconfiguration des liens familiaux autour du soin apporté à cette femme désormais seule, puis les effets de sa disparition sur les enfants. Cette séquence, bien que brève, ouvre une réflexion sur la fin de vie, la transmission et la disparition progressive d’une génération.
Enfin, le film laisse entrevoir la présence des générations suivantes, sans véritablement approfondir leur rapport à cette histoire. On comprend pourtant, comme cela est affirmé en conclusion, que le documentaire leur est aussi destiné. Il serait dès lors intéressant d’interroger leur propre relation à la mémoire familiale, au pays d’origine, à l’histoire migratoire et aux formes de transmission culturelle. Le discours demeure en effet relativement homogène : il propose le double portrait d’un homme et d’une femme, raconté par leurs enfants à travers les souvenirs d’une enfance présentée comme globalement heureuse, malgré la guerre et l’exil. Cette perspective rappelle, par certains aspects, le travail de Marcelino Truong. Si le rapport des oncles et tantes à la France apparaît relativement apaisé, on aimerait en savoir davantage sur leur rapport à l’histoire, aux appartenances nationales et culturelles, ainsi qu’à ce qu’ils souhaitent transmettre à leurs propres enfants. Le documentaire se présente finalement comme un témoignage filial adressé aux parents disparus, clos par des paroles d’amour et de gratitude.

 

Foliating Memories de Kim Doan Quoc

Foliating Memories de Kim Doan Quoc

Exposition dans la serre

Foliating Memories de Kim Doan Quoc

Sélectionnée au Salon de Montrouge 2025, l’artiste Kim Doan Quoc investit la serre du musée avec son projet Foliating Memories

Du 10 mars au 26 avril 2026
« L’installation Foliating Memories de Kim Doan Quoc s’inscrit dans une démarche qui met en résonance les collections du musée avec les thèmes de l’archive, de la mémoire et du végétal. Inspirée par son travail de recherche sur le Vietnam, l’artiste propose une création inédite nourrie des images d’archives de la Mission Vietnam des Archives de la Planète.

Pour ce projet, elle collabore avec Marvin Freyne, doctorant en anthropologie et géographie, dans le cadre de Foliating Memories, une initiative pluriannuelle menée au Vietnam et soutenue par la bourse Atomes crochus de l’ADAGP. Leur partenariat tisse un dialogue fécond entre art et sciences humaines, en particulier la géographie humaine — discipline marquée par l’héritage de Jean Brunhes, directeur scientifique des Archives de la Planète.

L’œuvre aborde la Seconde Guerre d’Indochine, plus connue sous le nom de guerre du Vietnam, en rendant visible la réalité des victimes de l’agent Orange. Elle propose également une réflexion profonde sur l’évolution de la mémoire collective et des représentations de ce conflit.

Foliating Memories sera présentée dans le corps central du palmarium du jardin français du musée. »

En savoir plus sur le site internet du musée Albert-Kahn

Cambodge L’art devant l’extrême De Rithy Panh à la jeune génération – Soko Phay

Cambodge. L’art devant l’extrême

Au Cambodge, environ deux millions de personnes – soit près du quart de la population – ont péri entre 1975 et 1979, à la suite de déportations, de meurtres de masse et de famines. Face au génocide perpétré par les Khmers rouges, l’art est un défi que les artistes doivent surmonter. Rithy Panh, Vann Nath, Séra, Svay Sareth ou encore, dans la seconde génération, Davy Chou, Vandy Rattana, Guillaume Suon, Jenny Teng n’ont eu de cesse de faire œuvre de mémoire pour s’élever contre le déni et l’effacement des morts sans sépulture.
Cinquante ans après le début des massacres dans son pays, Soko Phay revisite les relations entre le témoignage et la fiction et montre comment les œuvres mémorielles donnent à penser les séquelles profondes au sein de la société cambodgienne. Par ses ressources symboliques, la création permet de dévoiler ce qui a été dérobé au regard, tout en assurant le travail de transmission des événements non-inscrits dans l’histoire officielle.
Cet essai sur la représentation de l’extrême s’accompagne d’un récit personnel dans lequel l’autrice revient sur les traces de l’exil, depuis la ville de Samrong, d’où sa famille a fui les Khmers rouges, jusqu’au camp de réfugiés à la frontière thaïlandaise.

Soko Phay est professeure en histoire et théorie de l’art à l’Université Paris 8. Elle a consacré de nombreuses publications à l’art devant l’extrême, dans ses relations avec la mémoire et l’histoire. Elle a notamment dirigé ou co-dirigé : Cambodge, l’atelier de la mémoire (2010), Cambodge, cartographie de la mémoire (2017), Les Génocides oubliés ? (2020), Le Paysage après coup (2022) et Rwanda, l’atelier de la mémoire. Des archives à la création (2022).

Préface de Richard Rechtman, anthropologue, psychiatre et directeur d’études à l’EHESS.

Cet ouvrage a bénéficié du soutien du CNRS dans le cadre d’un accueil en délégation au Centre de recherches sur les arts et le langage (CRAL – UMR 8566 CNRS/EHESS), ainsi que de l’aide à l’édition du CRAL et de l’Unité de recherche Arts des images et art contemporain (AIAC / Université Paris 8).

Hearts of Freedom – Coeurs en liberté 042 : LE Tien Dung

HOF042: LE Tien Dung

Tien-Dung left Vietnam at the age of 14 years with his parents and his two siblings, 3 days before the fall of Saigon.  At the time, his father was able to get the seats through his contacts. The family flew to Wake Island in Micronesia and stayed for a month.

They then landed in Guam, May 20, 1975 where they met with Canadian Immigration officials. The family’s request for asylum was approved and they arrived in Montreal on May 23, 1975, where his mother pursued French language training and he and his brother took French course offered by Quebec government. His parents opened a convenience store to support the family. Dung participated in a radio tribune and wrote several articles about his migration to Canada, one of them been published in LaPresse+.

Tien-LÊ, Tien-Dung a quitté le Vietnam à l’âge de 14 ans avec ses parents, son frère et sa sœur, 3 jours avant la chute de Saigon (27 avril 1975). À cette époque, son père avait des contacts qui ont fourni à sa famille un moyen de transport hors du pays. La famille a pris l’avion pour l’île de Wake en Micronésie où elle est restée pendant un mois.

Ils ont ensuite atterri à Guam, le 20 mai 1975, où ils ont rencontré des représentants de l’immigration canadienne. La demande d’asile de la famille a été approuvée et ils sont arrivés à Montréal le 23 mai 1975. Une fois installé, sa mère a suivi un cours de français offert par le COFI (Centre d’orientation et de formation pour les immigrants); son frère et lui ont suivi des cours de français dans des classes d’accueil. Ses parents ont, finalement, ouvert un dépanneur pour subvenir aux besoins de la famille. Il a donné une entrevue et a écrit quelques articles dont un a été publié sur LaPresse+ au sujet de sa migration au Canada.

Consulter le site Hearts of Freedom / Coeurs en liberté

Conférences de Laura Marin sur l’histoire et la mémoire à Paris – Mars 2026

Laura Marin est maîtresse de conférences (lecturer) au Centre d’excellence dans l’étude de l’image, rattaché à la Faculté des Lettres de l’Université de Bucarest. Formée à Bucarest, Paris, Genève et Lausanne, elle inscrit son travail d’enseignement et de recherche dans un dialogue interdisciplinaire entre philologie, théorie critique de l’image et étude des matérialités culturelles.

Ses recherches actuelles portent sur les formes de réactivation des archives visuelles dans les pratiques de création contemporaine (arts du texte et arts de l’image), qu’elle analyse dans une perspective qui croise les politiques de la mémoire et l’épistémologie de la transmission familiale et culturelle. Son dernier ouvrage, Filiation endeuillée : figures, styles, politiques de l’héritage dans la culture roumaine (no 36 de la revue Romània Orientale, Rome, Sapienza Università Editrice, 2023), co-dirigé avec Adrian Tudurachi, propose une réflexion critique sur les dynamiques de l’héritage dans le contexte roumain.

Elle a également traduit en roumain deux ouvrages fondamentaux de Georges Didi-Huberman – Devant l’image (În fața imaginii, Cluj-Napoca, Tact, 2019) et Devant le temps (În fața timpului, Cluj-Napoca, Tact, 2021) –, contribuant ainsi à diffuser sa pensée dans le champ des études visuelles en Roumanie.

CONFÉRENCES

Arts et archives : la question de l’histoire

Les pratiques de création contemporaines qui font de l’archive un matériau artistique ouvrent un espace de pensée et de sensibilité où le rapport à l’histoire s’éclaire sous un nouvel angle. Dans ces démarches, l’archive devient un outil critique, permettant d’explorer les zones d’opacité de l’histoire et de l’envisager comme un champ mouvant, polyphonique, voire polémique. Un focus sur des projets d’écrivains, d’artistes et de cinéastes de l’Europe de l’Est qui travaillent avec l’archive dans des contextes postcommunistes nous permettra d’examiner de plus près quelles formes peut prendre la connaissance historique.

Dans le cadre du séminaire de Pierre Antoine Fabre, Pratiques spirituelles, régimes discursifs, rapports sociaux.

  • Lundi 2 mars 2026 | 12h30 – 14h30
    Campus Condorcet, Centre de colloques • Salle 3.06

Arts et archives : la question du temps

L’usage mémoriel des archives dans les pratiques de création contemporaines interroge profondément notre rapport au temps, en déconstruisant ses dimensions historique et chronologique. Ces pratiques ne se contentent pas de convoquer les archives comme simples traces ou témoins du passé : elles se fondent sur un désir de penser le présent à travers un mélange de temporalités passées et futures. Dans le cadre de ce séminaire, nous analyserons différentes modalités d’expérimenter et de représenter le temps, à partir d’un travail de recherche et de création mené par plusieurs artistes en Roumanie sur une archive photographique vouée à la disparition, car associée après la chute du communisme à un passé révolu et indésirable.

Dans le cadre du séminaire de Giovanni Careri, Image, conformation, incorporation. Histoire de l’art et anthropologie de l’image chrétienne à l’époque moderne.

  • Mardi 10 mars 2026 | 10h – 12h
    INHA, 2 rue Vivienne 75002 Paris

 

L’éthos de l’héritier à l’âge contemporain

Pour l’homme contemporain, le rapport au passé se redéfinit à travers la question patrimoniale (transmission, filiation, héritage). Dans un contexte historique et culturel marqué par la multiplicité des mémoires et des héritages, une nouvelle figure d’héritier émerge dans l’imaginaire collectif, qui engage un dialogue à la fois critique et créatif avec ce qui lui vient du passé. Dans le cadre de ce séminaire, nous explorerons ce qui bâtit l’éthos d’un tel héritier à travers des exemples de travaux littéraires, artistiques et philosophiques qui se présentent comme tout autant de manières d’interroger ce que c’est « venir après ».

Dans le cadre du séminaire de Gérard Béaur et Fabrice Boudjabaa, Familles : alliances, transmission, reproduction sociale, territoires, XVIIIe– XXe siècle.

  • Vendredi 13 mars 2026 | 15h – 17h 
    EHESS, 54 bd Raspail 75006 Paris • Salle A04_47

La mémoire familiale comme objet critique

Ce séminaire propose une réflexion sur le recours croissant à la mémoire familiale que font, à présent, nombre de chercheurs et chercheuses en sciences humaines et sociales pour repenser la manière dont se construit un savoir. En s’appuyant sur une lecture croisée de plusieurs essais d’historiens, de spécialistes de la littérature et de l’art, il s’agira d’observer que la mémoire familiale est un point d’entrée pour questionner non seulement les notions traditionnelles d’autorité, d’objectivité et de transmission, mais aussi pour comprendre le savoir comme un processus situé, affectif, pluriel et conflictuel, qui se déploie au croisement de l’individuel et du collectif.

Dans le cadre du séminaire de Judith Lyon-Caen, Histoire et littérature,1800-1950.

  • Vendredi 20 mars 2026 | 10h30 – 12h30 
    Campus Condorcet, Humathèque • Salle 2.14

Histoire des Rapatriés d’Indochine et CAFI [Ressources]

Le 3 juin 2025, l’Assemblée Nationale votait à l’unanimité un projet de loi de “Reconnaissance de la Nation envers les rapatriés d’Indochine et réparation des préjudices subis par ceux-ci et leurs familles du fait de l’indignité de leurs conditions d’accueil et de vie dans certaines structures sur le territoire français”.

Pour en connaître davantage sur l’histoire de ces familles, ce post vise à présenter des sources scientifiques, articles de presses et productions culturelles. N’hésitez pas à me contacter pour compléter.

Voir le projet de loi sur le site de l’Assemblée

Références de sciences humaines et sociales

Noyant-d’Allier

Pendant plus d’un an, le couple de sociologues Pierre-Jean Simon et Ida Simon-Barouh, sous la direction de Georges Condominas, vont vivre avec les rapatriés d’Indochine de Noyant-d’Allier. Près de douze années plus tard, ils publient une synthèse de leurs travaux en deux tomes. Le deuxième tome présente entre autres des photos et croquis qui rendent compte de manière précise du quotidien des femmes et enfants.

Aujourd’hui, le projet d’espace muséal pour la mémoire de ces familles s’appuie abondamment sur leurs travaux et le travail de Pôleth Wadbled. Le 10 mai dernier (2025), la cérémonie de la pose de la première pierre qui réunissait élus, réprésentants associatifs et politiques, donnait la parole à celles et ceux qui fondaient leurs espoirs sur cette loi mémorielle, soutenue par Olivier Faure, sensibilisé à la question notamment par ses origines vietnamiennes.

Les rapatriés d’Indochine, tome 1. Un village franco-indochinois en Bourbonnais, de Pierre-Jean Simon, 1985 (L’Harmattan)

Les rapatriés d’Indochine, tome 2. Deuxième génération – Les enfants d’origine indochinoie à Noyant-d’Allier, d’Ida Simon-Barouh, 1985 (L’Harmattan)

Le travail de mémoire de master de Gabrielle Macaire de 2022 : L’implantation des rapatriés et réfugiés de l’ex-Indochine au XXe siècle en France : l’exemple du village de Noyant d’Allier – À lire ou télécharger ici.

La thèse de Marie Hamid de 2024 : Le sentiment d’héritier : Approche communicationnelle
de la filiation patrimoniale à Noyant d’Allier, ancien
Centre d’Accueil des Français d’Indochine. –  À lire ou télécharger ici.

Voir aussi les mémoires de Robert Phan à découvrir sur son site internet personnel.

 Je suis né au Vietnam en 1950, d’un père lao, engagé dans l’armée coloniale française, et d’une mère vietnamienne. Mes parents étaient tous deux enfants de paysans, enfants des rizières.
J’ai été naturalisé français en 1955, comme toute ma famille, après la défaite de Diên Biên Phu en 1954 et les Accords de Genève sur le Vietnam, le Laos et le Cambodge, marquant la fin de la colonisation française en Indochine.
J’ai vécu de 1962 à 1967 dans le camp des rapatriés d’Indochine à Noyant d’Allier et j’ai fréquenté le lycée Banville à Moulins ; puis j’ai fait des études universitaires (droit, économie, histoire) à Paris. 

Sainte-Livrade-sur-Lot

La sociologue d’origine vietnamienne Dominique Rolland a publié plusieurs travaux sur le métissage, l’Indochine et notamment un livre sur le CAFI de Sainte-Livrade :

Petits Viêt-Nams, de Dominique Rolland, 2010 (Elytis)
En 1954, la défaite française à Diên Biên Phu contraint au départ toutes les familles françaises résidant au Tonkin. Parmi elles, un nombre important de familles franco-annamites : couples mixtes et leurs enfants eurasiens, femmes vietnamiennes dont le compagnon français avait disparu… Ils furent ensuite rapatriés en France, au titre de Français d’Indochine puis installés « provisoirement » dans des bâtiments collectifs désaffectés. Ainsi se constitua le CAFI, Centre d’accueil des Français d’Indochine, à Sainte-Livrade dans le Lot-et-Garonne, lieu de mémoire de l’histoire coloniale, de ce qu’elle a produit, des identités composites qu’elle a générées.

Aujourd’hui, la transformation du camp, qui existe toujours, préfigure la fin d’un monde.

https://www.editionselytis.com/product-page/petits-vi%C3%AAt-nams

“Travail sur des descendants de rapatriés d’Indochine : transmission et vécu identitaire”, Par Paola Revue, Marion Feldman et Marie Rose Moro.
Paola Revue est psychiatre, ancienne praticienne hospitalière à l’hôpital Philippe Pinel à Amiens.

L’article traite le sujet de la transmission d’une culture et d’un vécu ainsi que ses retentissements sur la construction identitaire des descendants. Il s’appuie sur un focus groupe fait à partir de jeunes descendants de métisses Indochinois Français rapatriés en 1956 et hébergés dans un camp initialement provisoire du Lot-et-Garonne, qui a subsisté pendant plus de cinquante ans. L’étude s’est faite à partir d’une analyse qualitative d’un entretien non directif. Les thèmes de transmission, de représentation familiale, d’identification au lieu de vie, d’identité culturelle, d’apparence physique y sont abordés. L’article décrit dans un premier temps le dispositif de l’entretien et la méthode d’analyse employée. Il retrace ensuite le contexte évènementiel historique et socio-culturel de la guerre d’Indochine, qu’ont connu les parents ou grands-parents. Il donne enfin les principaux résultats qui seront soumis à discussion. Il en ressortira une forme de métissage complexe, diversifié mais identifié comme particulier, qui s’articule sur plusieurs générations et se symbolise autour de l’existence de ce camp.

Lire l’article en ligne
Accès limité, me demander si nécessaire

Sites internet mémoriels

Les différents sites ont été créés et sont entretenus par les rapatrié.es et leurs descendant.es.

https://cafi-histoires-memoires.fr/

https://www.rapatries-vietnam.org/

https://cafi47.com/

Fictions, productions artistiques

Plusieurs créations nouvelles en cours de réalisation ou de diffusion traitent des mémoires des CAFI, notamment :

Aller sans retour possible de Nicolas Porcher

Nicolas Porcher – Écriture théâtrale

Lire aussi l’article sur La Montagne.

Mémé Kim, de Tom Fontenille,

Ce film personnel raconte l’histoire d’un petits-fils et son travail de mémoire auprès de sa grand-mère et des tatas restées à Noyant.
Bientôt dans les salles (2025)

Ces œuvres viennent s’ajouter aux récits portés par d’autres artistes :

Allée des jasmins, de Stéphane Ly-Cuong, 2018 (20 min)

Pierre et Loan sont mari et femme, lui eurasien, elle vietnamienne. Ils s’installent en Auvergne, à Noyant-d’Allier plus précisément, et le film est le récit de leur intégration progressive dans la société d’accueil.

Mémoires invisibles ou la part manquante, de Paul Nguyen et le collectif La Palmera, Théâtre,

Comment se construire, partagé entre deux cultures ? Quels sont les secrets qui, au sein d’une famille, nous relient ou nous éloignent ? Menant une enquête très personnelle sur sa double culture franco-vietnamienne, Paul Nguyen évoque sur scène les recherches qu’il a mené autour de ses origines. Sur son chemin, il fait la rencontre de Brigitte Macadré, auteure et elle-même d’ascendance vietnamienne. Ensemble, ils puisent dans la matière riche de leur relation : conversations, mails, sms, journal de bord, interviews et scènes de fiction issues de leur imagination.

Ces récits à tiroirs tissent la trame d’une quête de soi, partagée entre la transmission familiale et les non-dits qui l’accompagnent. Mêlant anecdotes, chansons et photos d’archive, ce spectacle-témoignage est une invitation à questionner la construction de nos identités plurielles, et à plonger dans les méandres de notre histoire personnelle (commune), entrelacée dans l’Histoire, avec en fil d’ariane l’Indochine et la décolonisation. Une plongée haletante dans les espaces vacants et les silences de la décolonisation, qui floute brillamment la frontière entre fiction et autobiographie pour illustrer la difficulté de se construire sur les débris d’une mémoire incomplète.

Voir plus d’informations sur le site de la compagnie.

 

La mousson de XM, Créations sonores,
https://www.jetfm.fr/la-mousson/

Noyant d’Allier, de Leïla Sebbar, nouvelle, 2008 (20 p.)

Noyant d’Allier

Documentaires audio et vidéo

La série France Culture de 2011 de Alain Lewkowicz et Gaël Gillon :

Épisode 1Épisode 2 –Épisode 3

L”excellent travail d’Alix Douart-Sinnouretty que j’analyse brièvement ici (qui cherche un nouveau diffuseur) :

Rapatriés d’Indochine : «Le CAFI sera un ancêtre dont on racontera l’histoire »

Films documentaires

Le Camp des Oubliés,  de Marie-Christine Courtès et My Linh Nguyen, 2004 (52 min)

Vietnam-sur-Lot, de Nadège Lobato de Faria, 2014 (63 min)

Extraits et reportages sur Youtube

Une playlist de vidéos Youtube par une certaine Alix D

 

 

50 ANS D’EXILS DU CAMBODGE, DU LAOS, DU VIETNAM – Journée d’études Sciences Politiques Lundi 14 avril 2025

Journée d’études le Lundi 14 avril 2025 à Sciences Politiques (Paris)

1975 a été une année de profondes transformations en Asie du Sud-Est. Le 17 avril 1975, les Khmers rouges entrent à Phnom Penh et entament le génocide d’une partie de la population du Cambodge. Le 30 avril 1975 est connu soit comme la chute de Saigon, soit comme le jour de la réunification et de la libération du Viêt Nam. Le 2 décembre 1975 est la date de la création de la République démocratique populaire lao, lorsque le roi est contraint d’abdiquer.

Tous ces événements ont poussé des centaines de milliers de personnes à l’exil. Suivant des routes plus ou moins dangereuses et mortelles, beaucoup d’entre elles ont trouvé refuge en Amérique du Nord et en France. 50 ans après, des deux côtés de l’Atlantique, les réfugié-es et leurs enfants portent des regards différents et renouvelés sur cette période de bouleversements et de ruptures, de violence politique puis d’exil. 50 ans plus tard, des réfugié-es et leurs descendant-es contribuent à la mémoire et à l’histoire de ces exils, tandis que d’autres entreprennent de saisir et d’interpréter les traces de cette histoire dans nos sociétés.

Programme complet :

https://www.sciencespo.fr/ceri-evenement/fr/evenements/50-ans-d-exils-du-cambodge-du-laos-du-vietnam/

 

Lettre d’Info #1 – Avril/Mai 2024

Cela fait plusieurs années que j’ai commencé à partager des notes de recherche sur ce carnet en ligne. La publication y est irrégulière autant en termes de fréquence que de qualité ou forme des contenus. C’est aussi cette diversité qui donne à cette plate-forme sa richesse. La liberté éditoriale repose sur une souplesse, une auto-discipline.
Cela fait également plusieurs années que nous utilisons les réseaux sociaux et que nous sommes bombardés d’images, de sons, de textes, de liens. Si nous devons nous féliciter de la prolifération de contenus, nous devons veiller à la façon dont nous pouvons et devons en prendre soin en même temps que nous prenons soin de nous-mêmes.
Chacun.e d’entre nous consomme donc des tonnes d’informations. Depuis le début, ce blog a eu pour but d’enregistrer, de faciliter l’accès, de rendre visible les ressources concernant un nombre large de questions liées aux identités politiques et culturelles, aux rapports sociaux de race, de classe, de genre, et à la recherche sur les diasporas, les mémoires, l’histoire ou les sciences humaines en général.
Pour essayer de prendre du recul sur l’instantanéité des algorithmes, je m’essaie donc à un nouveau format, plus long, plus lent qui s’apparente à une lettre d’information dans laquelle je partagerai mes recherches du moment. Justement parce que nous consommons parfois trop rapidement les sources sans prendre le temps de les digérer, cet exercice de style particulier de recension sera l’occasion de dialoguer, discuter avec ces sources. Ce sera aussi une forme qui se rapproche alors encore plus du carnet de recherche comme journal presque intime, dans lequel on s’autorise à livrer des pensées encore en germes – à la différence que la conscience de publication pousse l’auteur à un niveau d’exigence supérieur. Les références mentionnées sont en bibliographie à la fin ou en liens directs.
Au sommaire :

Ma tonkinoise, Hanaë Bossaert (podcast)

“Ma Tonkinoise”, reprise par Joséphine Baker, c’est la chanson que fredonnait souvent Gisèle, la grand-mère de Hanaë. Cette chanson, qui est censée être la chanson d’amour de jeunesse de Gisèle, raconte en fait la réalité coloniale de la relation entre un homme français et sa conquête vietnamienne. En tirant le fil de son histoire familiale, de Saigon en 1954 à Marseille en 2024, Hanaë se confronte à l’amnésie et ses conséquences, comme l’oubli de la langue, des rites, de la culture et finalement des mémoires historiques et intimes. Alors est-il encore possible de sauver les mémoires de l’Indochine française ? Injustices revient avec une nouvelle saison, Ma Tonkinoise, de Hanaë Bossert, dès le 1er février 2024.

Injustices est un podcast qui décortique les injustices structurelles. La saison 7 intitulée “Ma Tonkinoise” est une enquête familiale dans les mémoires enfouies de l’Indochine française, signée par Hanaë Bossert.

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Réalisation sonore : Anne Buy | Montage : Kiana Von Schoen | Chargée de production : Louise Hemmerlé | Attachée de production : Elsa Berthault | Musique : Michael Liot et Saigon Soul Revival | Illustration : Adeline Schöne

Nos mémoires. Vietnam, les enfants oubliés

Résumé des Épisodes :

  1. Sénégal – Fils de Tirailleur
    Auteur : Karfa Diallo
    Ce récit poignant, écrit par Karfa Diallo, explore la lutte d’Abdoulaye Diallo, un tirailleur sénégalais, pour obtenir la reconnaissance et la pension méritées de la France. Les contributions et sacrifices des 300 000 hommes africains de l’Ouest, combattants dans l’armée française, sont soulignés.
  2. Martinique – L’Île Empoisonnée
    Autrice : Léa Mormin-Chauvac
    Léa Mormin-Chauvac dévoile l’histoire dramatique de la Martinique, marquée par l’utilisation massive du pesticide Chlordécone. Cet épisode met en lumière les conséquences sanitaires à long terme et le combat pour l’interdiction de ce produit toxique.
  3. Vietnam – Les Enfants Oubliés
    Auteur : Louis Raymond
    Louis Raymond nous plonge dans le récit de Néjame Aboubakar et d’autres enfants d’Indochine, rapatriés en France. Leur intégration forcée et la perte de leur culture natale sont évoquées, ainsi que la transmission mémorielle de cette expérience d’exil et de déracinement.
  4. Polynésie – Le Mirage Nucléaire
    Autrice : Titaua Peu
    Titaua Peu raconte les impacts de 193 essais nucléaires en Polynésie française. Elle aborde la promesse illusoire du progrès et les conséquences environnementales et sanitaires, dévoilant une réalité souvent occultée.
  5. Guyane – Atteinte à la Sûreté de l’État
    Autrice : Lauriane Nembrot
    Lauriane Nembrot explore les dynamiques de l’indépendantisme guyanais et la répression étatique française. L’épisode soulève des questions sur le statut administratif de la Guyane et son histoire marquée par les conflits politiques.

 

 

Vietnam-sur-Lot, un podcast incontournable !

Vietnam-sur-Lot est un documentaire audio en six épisodes écrit par Alix Douart Sinnouretty. Fille d’une Vietnamienne d’origine indienne rapatriée dans le camp de Sainte-Livrade-sur-Lot dans les années 1950, Alix part à la rencontre de membres de sa famille, d’amies, d’un historien (Alain Ruscio), d’une sociologue (Dominique Rolland), ou encore d’une travailleuse sociale de la Cimade. Nous la suivons, depuis le sud de la France jusqu’en Inde et au Vietnam, sur les traces de son histoire familiale. Pour bien saisir le parcours de son grand-père, de sa grand-mère, de sa mère, la narratrice les resitue dans son contexte historique, depuis la fin de la guerre d’Indochine, des politiques d’immigration jusqu’aux luttes mémorielles des années les plus récentes.

J’ai eu le plaisir d’écouter cette série documentaire et d’en faire une recension à retrouver ici :
https://lescahiersdunem.fr/le-centre-daccueil-des-francais-dindochine-cafi-sera-un-ancetre-dont-on-racontera-lhistoire/

Pour le reste, le podcast est à écouter sur toutes les plates-formes !

Cet article a été intégré au projet Asian Migration Map, cliquez ici pour découvrir une autre manière de lire la recherche, dans son contexte géographique et historique.

Chronologie des histoires et mémoires de la diaspora vietnamienne

Ne faudrait-il pas faire une synthèse des informations et des ressources qui nous permettent de mieux comprendre l’histoire de la diaspora vietnamienne ? Et dans le même mouvement proposer de rassembler les productions scientifiques et artistiques qui traitent de ces mémoires ?
C’est un travail ambitieux, mais il faut bien commencer quelque part !

C’est un travail à vocation exhaustive mais en cours de réalisation. Pour toutes suggestions, utilisez la section commentaires !