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1914-18, des Indochinois au secours de la France

“1914-1918 : l’histoire oubliée des 90 000 Indochinois recrutés par la France pour participer à l’effort de guerre. Il y a plus de 100 ans, l’humanité a été témoin de la plus grande guerre qui ait jamais eu lieu : la Première Guerre mondiale. Près de 2 millions d’hommes provenant de toute l’Asie ont été recrutés pour combattre dans cette guerre. Il s’agissait de soldats indiens issus de communautés reculées, d’agriculteurs chinois provenant de zones rurales isolées qui travaillaient comme ouvriers, de pêcheurs vietnamiens participant au nom de leurs maîtres coloniaux français et de marins japonais au service de leur empereur. Mais aujourd’hui, rares sont ceux qui se souviennent d’eux ou de leurs sacrifices. Comment le Vietnam a contribué à la Grande Guerre, mais aussi la manière dont cette guerre a changé le pays. Le Vietnam, alors partie de l’Indochine française, a fourni hommes et ressources durant la Première Guerre mondiale. Plus de 90 000 soldats, ouvriers et paysans s’engagent sous le drapeau colonial, se voyant promettre terres et gloire. Sur le front ou dans les usines d’armement, leur sacrifice reste oublié. 1914-18, des Indochinois au secours de la France Un documentaire de Clément Gargoullaud (Singapour, 2018, 47mn)”

 

 

Conférences sur CAFI Bordeaux 2026 [Conférences]

Un exemple de camp/centre d’accueil français : le CAFI : Pôleth Wadbled, sociologue à l’ODRIS, et André Forget, maire de Sainte-Livrade-sur-Lot et ancien habitant du CAFI. Communication intitulée « Le CAFI de Sainte-Livrade-sur-Lot, en Nouvelle Aquitaine : Regard sociologique et expérience vécue » présentée le 14 novembre 2025 dans la session modérée par Fabienne Duteil-Ogata, MCF d’études japonaises UBM, lors du colloque « Los Angeles et les camps d’incarcération des Japonais-Américains – une histoire intergénérationnelle, transnationale et intermédiale, en hommage à Amy Uyematsu », tenu à l’UBM les 13 et 14 novembre 2025. Langue : anglais et français.

Un exemple de camp/centre d’accueil français : le CAFI : Marc Bernardot, Professeur de sociologie à l’Université d’Aix-Marseille (AMU). Communication enregistrée intitulée « Entre deux camps. Éléments de comparaison des centres d’accueil des Français d’Indochine et des centres de relocation nippo-américains du WRA » présentée le 14 novembre 2025 dans la session modérée par Fabienne Duteil-Ogata, MCF d’études japonaises UBM, au cours du colloque « Los Angeles et les camps d’incarcération des Japonais-Américains – une histoire intergénérationnelle, transnationale et intermédiale, en hommage à Amy Uyematsu », tenu les 13 et 14 novembre 2025. Langue : français.

Les 7 branches – Adam Nguyen, 2026 (Documentaire)

Ce documentaire autoproduit, écrit et réalisé par Adam Nguyen, dure une cinquantaine de minutes. Il donne la parole aux sept enfants de ses grands-parents, qui retracent la trajectoire de leur père et de leur mère. Il convient de le préciser d’emblée : il s’agit avant tout d’un film intime, construit comme un récit familial. On peut dès lors s’interroger sur l’intérêt qu’un tel récit de vie, consacré à un homme et une femme nés en Asie puis installés avec leur famille en région parisienne, peut présenter pour un public extérieur à ce cercle familial.
Sur le plan formel, le documentaire repose principalement sur une série d’entretiens menés par le réalisateur avec ses oncles et tantes, qu’il désigne comme les « sept branches », en référence à leur place dans l’arbre généalogique. À travers ces échanges, il revient sur les différentes étapes de l’existence de ses grands-parents : celle du grand-père, d’origine indienne, et celle de la grand-mère, vietnamienne. Le film adopte ainsi une structure chronologique, allant de l’enfance au Vietnam aux années passées en Inde, puis à l’arrivée en France, à l’installation dans le pays d’accueil, au vieillissement et, enfin, au décès successif du grand-père puis de la grand-mère.
D’un point de vue technique, l’ensemble est soigné. La mise en scène demeure sobre : les témoignages se succèdent dans un dispositif d’entretien classique, mais efficace, soutenu par un montage fluide. Le film mobilise également des photographies familiales, des archives visuelles et quelques images filmées issues de fonds extérieurs. À cela s’ajoutent deux ou trois images vraisemblablement générées par intelligence artificielle, utilisées pour illustrer certains souvenirs.
L’intérêt du documentaire, pour un chercheur travaillant sur les enjeux de mémoire, réside dans la manière dont un descendant organise la collecte et la mise en récit de la parole familiale. Le film permet d’observer les questions posées, les modalités de réponse et, plus largement, la construction d’un récit intergénérationnel. Certes, le spectateur n’a pas accès à l’ensemble du matériau recueilli : le montage opère nécessairement une sélection. Or cette sélection constitue précisément un objet d’analyse. Elle révèle ce que le réalisateur, à la fois collecteur, monteur et héritier, juge digne d’être transmis. Même lorsqu’il cherche à rester fidèle aux témoignages, son travail implique des choix subjectifs, sensibles et narratifs. En rendant cette matière publique, il ne se contente donc pas d’assembler des souvenirs : il leur donne une forme cohérente, susceptible d’être reçue par des spectateurs extérieurs à la famille.
La progression du film ne relève pas seulement d’un ordre chronologique. Elle s’organise aussi autour d’un motif central, explicitement formulé au début comme à la fin du documentaire : celui du sacrifice. Ce sacrifice est attribué aux grands-parents, mais il est également perçu par leurs enfants, qui en deviennent les témoins et les interprètes. Ce thème est fréquent dans les récits de descendants de personnes immigrées. L’exil, la migration, le déclassement social et la perte de privilèges y sont souvent associés à l’idée d’un effort parental redoublé, destiné à assurer aux enfants les meilleures conditions de vie possibles. Le documentaire apparaît ainsi comme un geste mémoriel et commémoratif, mais aussi comme un hommage explicite à deux figures fondatrices, assimilées au tronc familial par la métaphore de l’arbre généalogique.
Sur le plan historique, le film fournit seulement quelques repères permettant de situer les trajectoires individuelles dans un contexte plus large. Les raisons précises de la présence de cette famille indienne au Vietnam demeurent peu développées, même si elles peuvent être comprises dans leurs grandes lignes. L’offensive du Têt en 1968 et la chute de Saïgon en 1975 sont toutefois mentionnées comme des événements majeurs, venus bouleverser le projet familial et précipiter le départ, d’abord vers l’Inde, puis vers la France. Le documentaire s’inscrit ainsi dans une forme relativement classique de double récit biographique et familial, comparable à d’autres documentaires, mémoires ou récits de vie consacrés aux trajectoires migratoires. Son originalité tient moins à son dispositif qu’à la manière dont il incarne cette histoire : le récit est clairement construit, accessible, et rend perceptible l’adaptation progressive de la famille à des contextes successifs.
Plusieurs éléments évoqués rejoignent des problématiques bien identifiées dans les travaux sur les migrations et l’exil : le déclassement social, la précarisation, mais aussi les expériences de racisme vécues par les enfants en tant que métis indo-vietnamiens. Au Vietnam, ils ne sont pas perçus comme suffisamment vietnamiens ; en Inde, ils sont critiqués ou rejetés parce qu’ils sont assimilés à des Chinois. Face à ces formes d’exclusion, les témoins, aujourd’hui âgés d’environ soixante à quatre-vingts ans, expriment une reconnaissance marquée envers la France et la société française, notamment pour l’accueil, l’intégration et les solidarités dont ils ont bénéficié à leur arrivée. Plus encore, le film suggère que la trajectoire migratoire a profondément marqué la psychologie des parents et leur manière d’exercer leur rôle parental. Le déclassement et la perte des ressources antérieures semblent notamment conduire la mère à une anticipation permanente du pire. La réussite familiale se trouve finalement associée, comme cela est indiqué à la fin du documentaire, à l’accession à la propriété et à l’achat d’un pavillon.
Les questions d’éducation occupent également une place importante. La dureté et la sévérité parentales peuvent être interprétées à la fois au regard de la culture d’origine et de la situation de précarité produite par l’exil. Le motif du sacrifice implique aussi une forme de pression exercée sur les enfants, même si cette dimension demeure peu explicitée dans le film. Celui-ci adopte en effet une tonalité très bienveillante à l’égard des parents disparus et ne propose pas de véritable lecture critique. Ce choix est compréhensible au regard de la fonction mémorielle et hommageante du documentaire, mais il limite l’exploration des tensions éventuelles au sein de la famille. Les difficultés évoquées restent principalement extérieures : elles relèvent de la guerre, de l’exil, de la précarité ou du racisme, plutôt que des relations internes au couple, à la fratrie ou au groupe familial élargi. Aborder ces dimensions supposerait certes d’en disposer et d’accepter de les rendre publiques ; cela permettrait toutefois de saisir plus finement la complexité des relations familiales en contexte migratoire.
Dans ses dernières minutes, le documentaire aborde le vieillissement, les derniers instants des grands-parents et l’expérience du deuil, notamment celle de la grand-mère devenue veuve. Il montre ensuite la reconfiguration des liens familiaux autour du soin apporté à cette femme désormais seule, puis les effets de sa disparition sur les enfants. Cette séquence, bien que brève, ouvre une réflexion sur la fin de vie, la transmission et la disparition progressive d’une génération.
Enfin, le film laisse entrevoir la présence des générations suivantes, sans véritablement approfondir leur rapport à cette histoire. On comprend pourtant, comme cela est affirmé en conclusion, que le documentaire leur est aussi destiné. Il serait dès lors intéressant d’interroger leur propre relation à la mémoire familiale, au pays d’origine, à l’histoire migratoire et aux formes de transmission culturelle. Le discours demeure en effet relativement homogène : il propose le double portrait d’un homme et d’une femme, raconté par leurs enfants à travers les souvenirs d’une enfance présentée comme globalement heureuse, malgré la guerre et l’exil. Cette perspective rappelle, par certains aspects, le travail de Marcelino Truong. Si le rapport des oncles et tantes à la France apparaît relativement apaisé, on aimerait en savoir davantage sur leur rapport à l’histoire, aux appartenances nationales et culturelles, ainsi qu’à ce qu’ils souhaitent transmettre à leurs propres enfants. Le documentaire se présente finalement comme un témoignage filial adressé aux parents disparus, clos par des paroles d’amour et de gratitude.

 

Indochine, histoire d’une colonie française – Radio France (podcast)

Carte postale colorisée de la Grande Rue dans le quartier de Dap-Cau à Hanoï pendant la colonisation française de l'Indochine
Illustration : Carte postale colorisée de la Grande Rue dans le quartier de Dap-Cau à Hanoï pendant la colonisation française de l’Indochine. ©Culture Club/Getty Images

À propos de la série

De la Cochinchine au Tonkin, c’est une histoire de prêtres en mission et de colons à la conquête de nouveaux marchés. C’est aussi l’histoire d’une lutte pour l’indépendance quand, avec Hô Chi Minh, l’Indochine voit rouge. Sans oublier bien sûr la bataille de Diên Biên Phu… anatomie d’une chute !

À quand remonte la présence française en Asie du Sud-Est ? Qui sont les missionnaires français envoyés en Cochinchine et au Tonkin et comment se déroule l’évangélisation de ces régions ? Qu’est-ce qui déclenche la conquête française de l’Indochine au XIXe siècle et comment s’organisent les réseaux de négoce avec la France ? Qui est Hô Chi Minh et quelle est l’histoire de l’anticolonialisme vietnamien ? Enfin, comment se déroule la guerre d’Indochine et qu’est-ce qui a conduit à la défaite française de Diên Biên Phu ? Indochine : quatre émissions pour raconter l’histoire d’une colonie française.

Épisode 1/4. De la Cochinchine au Tonkin, des prêtres en mission

Épisode 2/4. Colonisation de l’Indochine, à la conquête de nouveaux marchés

Épisode 3/4. Avec Hồ Chí Minh, l’Indochine voit rouge

Épisode 4/4. Diên Biên Phu, anatomie d’une chute

À propos du podcast

Par Xavier Mauduit. Du lundi au vendredi, “Le Cours de l’histoire” remet au goût du jour le récit de l’histoire, réservant un traitement à toutes ses occurrences dans l’espace public comme dans les productions culturelles, tout en restant très attentif à l’actualité de la recherche.

En vingt ans, les questions ont évolué, les problématiques se sont déplacées, l’enjeu politique que représente le savoir historique pour nos sociétés, pour les citoyens comme pour les pouvoirs n’est plus le même : à bien des égards, il occupe une place plus importante que jamais. Le Cours de l’histoire remet au goût du jour le récit de l’histoire, réservant un traitement à toutes ses occurrences dans l’espace public comme dans les productions culturelles, tout en restant très attentif à l’actualité de la recherche.

Lien : https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/serie-indochine-histoire-d-une-colonie-francaise#about

Appel du comité d’organisation – La dépêche coloniale 1917

Lire sur le site https://www.retronews.fr/

Voir les autres articles concernant Les Travailleurs Indochinois

APPEL DU COMITÉ D ORGANISATION

Monsieur, Un groupe d Indochinois, Français et indigènes, présents à Paris, se propose de fonder une société sous le titre de Souvenir Indochinois.

L’œuvre du Souvenir Indochinois aura pour but d’assurer la sépulture, l’entretien et la conservation des tombes, ainsi que le culte funéraire de nos sujets Indochinois morts en France, ou décédés hors d’Indochine (Egypte, Salonique, etc.), au service de la France.

Vous savez le nombre déjà considérable des Indochinois qui ont répondu à l’appel de notre pays pour combattre dans nos rangs ou collaborer à la défense nationale dans nos usines de guerre et dans nos bataillons d’étape. S’ils ont courageusement accepté la perspective d’un long exil, les dangers d une traversée parfois périlleuse, l’idée même de leur mort en terre étrangère, ils ne pensent pas sans angoisse à l’abandon possible de leur sépulture et à la privation du culte funéraire s’ils venaient à mourir loin de leur pays.

Vous connaissez assez l’importance qu’ils attachent à ces choses pour bien comprendre le sentiment d’inquiétude qu’ils ont maintes fois manifesté.

Ils sont prêts à s’unir à nous dans toute œuvre qui aurait pour but de réaliser leur pieux désir. Il appartient aux Français de faire le premier pas dans cette voie ; c’est pour eux un devoir de reconnaissance en même temps qu’un geste d’une haute portée politique. Nous comptons donc que vous voudrez bien vous joindre à nous et collaborer au succès de notre œuvre en nous adressant votre adhésion.

Comité d’organisation

MM. Bazin Ancien directeur de la Banque de l’Indochine à Haiphong ; L. Bienvenue, ancien chef de bureau à la Résidence de Hué , Bosc, résident supérieur au Laos ; Robert de Caix, secrétaire général du Comité de l’Asie Française; G Capus, délégué de l’Indochine a l’Office Colonial ; colonel Do Huu Cham; Durwell, président honoraire de la Cour d’appel de l’Indochine ; A.-R. fontaine, industrie); Gourdon, inspecteur général de l’instruction publique en Indochine, Gravelle, directeur de la Banque de l’Indochine.  Guesde, contrôleur général des travailleurs Indochinois; Ho Dac Khai, délégué dynamite au service des travailleurs Indochinois , Krautheimer administrateur des services civils ; Lichtenfeuler, ancien chef du service de I architecture de l’Indochine; Lorin, ancien inspecteur des services civils de l’Indochine ; Maître, directeur de l’Ecole française d’Extréme Orient; Marouis, inspecteur honoraire des services civils ; Maspéro, professeur a l’Ecole française d’Extrême-Orient; Nguyen Van Vinh. déléguécochinchmois au service des travailleurs Indochinois ; Nguyen Van Bien délégué dynamite au service des travailleurs Indochinois; Pharn Van Thuy, délégué tonminois au service des travailleurs Indochinois, Albert de Pouvourville. A Prud’homme, directeur du Jardin Colonial, Priyluski, administrateur des services civils, Ru-sier, inspecteur de l’enseignement en Indochine Sambuc, ancien avocat défenseur a baigon 1 Simon, directeur de la Banque de 1 Indochine; Soigny, chef de service à la résidence de Hué- docteur Trinh, médecin aide-major; Vu HuyTruc, délégué dynamite à 1 Alliance F’ française ; prince Watchayavong-Sisovath.

Eu attendant les décisions de l’assemblée générale, les adhésions sont reçues chez M. H. Gourdon, 19, rue de l’Odéon, Pans.

Lettre d’Info #1 – Avril/Mai 2024

Cela fait plusieurs années que j’ai commencé à partager des notes de recherche sur ce carnet en ligne. La publication y est irrégulière autant en termes de fréquence que de qualité ou forme des contenus. C’est aussi cette diversité qui donne à cette plate-forme sa richesse. La liberté éditoriale repose sur une souplesse, une auto-discipline.
Cela fait également plusieurs années que nous utilisons les réseaux sociaux et que nous sommes bombardés d’images, de sons, de textes, de liens. Si nous devons nous féliciter de la prolifération de contenus, nous devons veiller à la façon dont nous pouvons et devons en prendre soin en même temps que nous prenons soin de nous-mêmes.
Chacun.e d’entre nous consomme donc des tonnes d’informations. Depuis le début, ce blog a eu pour but d’enregistrer, de faciliter l’accès, de rendre visible les ressources concernant un nombre large de questions liées aux identités politiques et culturelles, aux rapports sociaux de race, de classe, de genre, et à la recherche sur les diasporas, les mémoires, l’histoire ou les sciences humaines en général.
Pour essayer de prendre du recul sur l’instantanéité des algorithmes, je m’essaie donc à un nouveau format, plus long, plus lent qui s’apparente à une lettre d’information dans laquelle je partagerai mes recherches du moment. Justement parce que nous consommons parfois trop rapidement les sources sans prendre le temps de les digérer, cet exercice de style particulier de recension sera l’occasion de dialoguer, discuter avec ces sources. Ce sera aussi une forme qui se rapproche alors encore plus du carnet de recherche comme journal presque intime, dans lequel on s’autorise à livrer des pensées encore en germes – à la différence que la conscience de publication pousse l’auteur à un niveau d’exigence supérieur. Les références mentionnées sont en bibliographie à la fin ou en liens directs.
Au sommaire :

Nos mémoires. Vietnam, les enfants oubliés

Résumé des Épisodes :

  1. Sénégal – Fils de Tirailleur
    Auteur : Karfa Diallo
    Ce récit poignant, écrit par Karfa Diallo, explore la lutte d’Abdoulaye Diallo, un tirailleur sénégalais, pour obtenir la reconnaissance et la pension méritées de la France. Les contributions et sacrifices des 300 000 hommes africains de l’Ouest, combattants dans l’armée française, sont soulignés.
  2. Martinique – L’Île Empoisonnée
    Autrice : Léa Mormin-Chauvac
    Léa Mormin-Chauvac dévoile l’histoire dramatique de la Martinique, marquée par l’utilisation massive du pesticide Chlordécone. Cet épisode met en lumière les conséquences sanitaires à long terme et le combat pour l’interdiction de ce produit toxique.
  3. Vietnam – Les Enfants Oubliés
    Auteur : Louis Raymond
    Louis Raymond nous plonge dans le récit de Néjame Aboubakar et d’autres enfants d’Indochine, rapatriés en France. Leur intégration forcée et la perte de leur culture natale sont évoquées, ainsi que la transmission mémorielle de cette expérience d’exil et de déracinement.
  4. Polynésie – Le Mirage Nucléaire
    Autrice : Titaua Peu
    Titaua Peu raconte les impacts de 193 essais nucléaires en Polynésie française. Elle aborde la promesse illusoire du progrès et les conséquences environnementales et sanitaires, dévoilant une réalité souvent occultée.
  5. Guyane – Atteinte à la Sûreté de l’État
    Autrice : Lauriane Nembrot
    Lauriane Nembrot explore les dynamiques de l’indépendantisme guyanais et la répression étatique française. L’épisode soulève des questions sur le statut administratif de la Guyane et son histoire marquée par les conflits politiques.

 

 

Algérie – Indochine, mémoires partagées ?

Commentaire de l’article De Christopher Gosha : Article à lire ici

Depuis de nombreuses années maintenant, les questions mémorielles ne cessent de prendre de l’ampleur en France. Le spécialiste de l’histoire du Vietnam Christopher Gosha profite de la dernière visite officielle de la France en Algérie pour interroger ce qui pourrait se lire comme un déséquilibre dans le traitement des questions mémorielles entre deux anciennes colonies. L’historien part de la question de savoir pourquoi on parle autant de la mémoire – et de l’histoire de la décolonisation de l’Algérie et si peu de celle de l’Indochine ?

Un premier aspect se décline en différents points mais concerne la question des acteurs et témoins de cette mémoire. La démographie des descendant.es des deux anciens pays colonisés diffère. Non seulement d’un côté il y a plus de premières et deuxièmes générations d’Algérie que de familles venues d’Indochine, mais le fait que les soldats, les acteurs qui ont vécu ces guerres étaient différents, majoritairement de France pour l’Algérie alors qu’ils venaient d’autres régions du monde pour l’Indochine expliquent aussi le manque de sources, de témoignages qui viennent enrichir la matière de cette mémoire. “La guerre terminée, ils ont ramené leur mémoire avec eux.” Dans le cas des soldats Vietnamiens, la plupart sont partis aux États-Unis.

“La diaspora vietnamienne en France est la deuxième dans le monde après celle des États-Unis, laquelle est forte de 2 100 000 membres. L’Insee dénombrait en 2018 159 000 personnes résidant en France nées dans toute l’ex-Indochine française (Cambodge, Laos, Vietnam) ainsi que 153 000 descendants directs d’au moins un parent né en ex-Indochine française, soit 312 000 au total.”

Si ces chiffres sont exacts, il peuvent être discutés car malheureusement, les comptages s’arrêtent à la deuxième génération. Ce qui rend aussi difficile de prendre en compte la complexité de l’héritage des mémoires d’autant plus quand on sait que les premières vagues de migration depuis le Vietnam datent de la guerre mondiale. Cela pose la question de savoir dans quelle mesure la mémoire des personnes circule dans les familles, dans quelle mesure celle-ci disparaît avec l’assimilation au fil des générations.

Notre recherche s’intéresse particulièrement à ce phénomène. On peut affirmer que justement face à ce phénomène (réel ou perçu comme tel) de perte d’un héritage, les jeunes générations cherchent à se réapproprier les mémoires familiales, les récits du passé dans l’optique de changer aussi la vision de l’histoire coloniale et de la décolonisation. À partir de là, les sociologues peuvent se demander comment ce travail de transformation de la mémoire a lieu et ce qu’il provoque. Et c’est notamment la question de la perception politique du passé qui est en jeu.

Justement, sur un autre axe, le chercheur de l’UQAM souligne la différence de perception politique associée à ces deux conflits. La guerre d’Indochine a été inscrite davantage dans la dynamique est-ouest de la guerre froide, quand bien même les communistes luttaient pour une décolonisation, tandis que l’Algérie reste emblématique de la décolonisation de l’empire français. Cette dyssymétrie se traduit par une sous-représentation de la question de l’Indochine dans le paysage politique et culturel de l’époque. Il faut souligner alors en quoi de nombreuses œuvres contemporaines (cinéma, théâtre, arts plastiques, littérature) tentent de répondre à ce vide, particulièrement par la mise en avant de récits personnels et familiaux. Cela peut ainsi faire l’objet de nombreuses analyses littéraires et sociologiques. Notons encore une fois que cette différence de traitement de l’histoire est à la fois une condition politique et sociale et l’objet même d’une lutte pour la reconnaissance.

Aujourd’hui, le gouvernement du Vietnam n’a pas d’intérêt à trop remuer la mémoire, pour des raisons pragmatiques diplomatiques. Les gouvernements semblent avoir tourné la page. Qu’en est-il de la population ? Ici, il faut faire attention à ne pas confondre sous une même catégorie des populations qui divergent voire s’opposent. La population vietnamienne comme partout, n’est pas homogène et les différentes communautés diasporiques ne sauraient porter un même discours. Nous pouvons alors regarder, à différentes échelles, dans différents groupes, les positions qui émergent concernant la mémoire. L’auteur de l’article mentionne un fait important que je souhaite aussi souligner ici : la guerre contre les États-Unis a certainement éclipsé la guerre de décolonisation contre les Français. Notamment pour son intensité (faut-il rappeler l’agent orange ?) mais aussi par l’inflation mémorielle concernant “La guerre du Vietnam” à tel point que le “Vietnam” en devienne principalement une guerre (dans l’expression “il a fait le Vietnam”). Cet élément, combiné à l’aspect démographique mentionné plus haut, explique aussi pourquoi la diaspora s’attache davantage à cette période de l’histoire, même en France, car influencée par les États-Unis.

Au-delà du nombre de familles et de personnes d’origine vietnamienne ou algérienne en France, nous savons aussi que l’intégration est vécue de manière différente et que l’engagement politique est lui aussi différent. Il n’y a aucune figure politique vietnamienne à ce jour qui prenne en mains les questions d’histoire et de mémoire, d’un point de vue décolonial. La question de mémoire est à la fois une question d’histoire, une question sociale et une question politique. On peut espérer que ces trois dimensions, une fois combinées, permettrons de faire émerger un discours à la hauteur des enjeux.

De là, il faut soulever quelques précautions que nous évoquons rapidement sans les développer ici. Il s’agit en somme de se méfier des comparaisons. Le fait de demander la reconnaissance et la considération d’enjeux mémoriels pour l’Indochine à la hauteur de ce qui peut se faire concernant l’Algérie ne signifie pas que les histoires et les dynamiques soient les mêmes – comme le montre brièvement l’article commenté ici. Rappelons que la pensée décoloniale est un ensemble théorique qui s’appuie sur une méthode qui permet d’analyser des situations et de produire des discours. Cela implique donc qu’un discours vaut pour une situation historique déterminée et ne peut s’appliquer à n’importe quelle situation. Cette précaution doit nous prémunir de raccourcis théoriques idéologiques qui empêcheraient de faire un travail d’histoire ou de sociologie sérieux. La méthode d’abord, et des résultats peuvent se construire un discours. Cela vaut entre l’Algérie et l’Indochine comme cela vaut entre la diaspora française et états-unienne. La question qui est posée est alors de savoir dans quelle mesure il est possible d’avoir un discours sur la décolonisation, l’identité ou la mémoire qui puisse valoir à la fois ici et là-bas. La pensée politique qui cherche à démontrer le caractère “universel” et systémique de rapports de pouvoirs, de relations historiques, peut pousser le militant ou le chercheur à partir de ce postulat, l’universalité des rapports de domination. Or, une démarche scientifique rigoureuse devrait justement se méfier des simplifications et chercher à démontrer les nuances.

Tout cela pour conclure, inspiré par la conclusion de Cristopher Gosha, que le travail de mémoire de l’Indochine qui doit être fait doit se faire à partir de celles et ceux qui peuvent témoigner, mais aussi d’historien.nes, d’académiques. Il y a certainement des expériences individuelles qui sont universelles mais aussi des dynamiques tout autant singulières.

Retrouver ses ancêtres au Vietnam

En généalogie il n’est plus rare de faire des recherches sur une branche venue des antipodes ou y ayant vécu. Le nom de famille Nguyen, qui a perdu tous ses accents initiaux, arrive désormais au 70e rang en France par la fréquence. Et de nombreuses familles ont des ancêtres partis de France vers le Viêt Nam aux XIXe ou XXe siècles.

Or les recherches ne s’organisent pas de la même façon si l’on cherche des ascendants français en poste là-bas ou des ascendants vietnamiens, naturalisés ou non, et les enchevêtrements culturels et législatifs compliquent le champ des recherches. Ce guide pratique, reflet de recherches personnelles, est donc une grande première !

Pour vous aider à vous poser les bonnes questions, il fait un point sur l’histoire, car les généalogies sont ici particulièrement tributaires de l’histoire et des flux de populations. Il indique ensuite les documents personnels à rassembler, les informations à connaître avant de commencer une quête familiale et donne des pistes pour la mener au mieux. Il détaille notamment le système patronymique complexe, les erreurs qui en découlaient parfois au moment des transcriptions ou les amalgames réalisés lors des naturalisations et qui rendent difficile le suivi des fratries. Il précise les fonds d’archives qui peuvent vous être accessibles et tout ce qu’il est possible de retrouver déjà depuis la France. Un exemple développé permet de bien comprendre la démarche et de se l’approprier.

À vous de jouer maintenant !

Auteur :

  • Les engagements associatifs d’Alain Chevillon, né en 1946, docteur en chirurgie dentaire, l’ont amené à animer un atelier de généalogie et, de proche en proche, à rédiger ce guide pratique sur un  sujet encore peu abordé.
  • Janine Nguyễn Ngọc Vân, son épouse, docteur en chirurgie dentaire elle aussi, a permis d’approfondir et d’étayer le récit généalogique, fruit d’une découverte interculturelle débutée à la Faculté.