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Conférences sur CAFI Bordeaux 2026 [Conférences]

Un exemple de camp/centre d’accueil français : le CAFI : Pôleth Wadbled, sociologue à l’ODRIS, et André Forget, maire de Sainte-Livrade-sur-Lot et ancien habitant du CAFI. Communication intitulée « Le CAFI de Sainte-Livrade-sur-Lot, en Nouvelle Aquitaine : Regard sociologique et expérience vécue » présentée le 14 novembre 2025 dans la session modérée par Fabienne Duteil-Ogata, MCF d’études japonaises UBM, lors du colloque « Los Angeles et les camps d’incarcération des Japonais-Américains – une histoire intergénérationnelle, transnationale et intermédiale, en hommage à Amy Uyematsu », tenu à l’UBM les 13 et 14 novembre 2025. Langue : anglais et français.

Un exemple de camp/centre d’accueil français : le CAFI : Marc Bernardot, Professeur de sociologie à l’Université d’Aix-Marseille (AMU). Communication enregistrée intitulée « Entre deux camps. Éléments de comparaison des centres d’accueil des Français d’Indochine et des centres de relocation nippo-américains du WRA » présentée le 14 novembre 2025 dans la session modérée par Fabienne Duteil-Ogata, MCF d’études japonaises UBM, au cours du colloque « Los Angeles et les camps d’incarcération des Japonais-Américains – une histoire intergénérationnelle, transnationale et intermédiale, en hommage à Amy Uyematsu », tenu les 13 et 14 novembre 2025. Langue : français.

Les 7 branches – Adam Nguyen, 2026 (Documentaire)

Ce documentaire autoproduit, écrit et réalisé par Adam Nguyen, dure une cinquantaine de minutes. Il donne la parole aux sept enfants de ses grands-parents, qui retracent la trajectoire de leur père et de leur mère. Il convient de le préciser d’emblée : il s’agit avant tout d’un film intime, construit comme un récit familial. On peut dès lors s’interroger sur l’intérêt qu’un tel récit de vie, consacré à un homme et une femme nés en Asie puis installés avec leur famille en région parisienne, peut présenter pour un public extérieur à ce cercle familial.
Sur le plan formel, le documentaire repose principalement sur une série d’entretiens menés par le réalisateur avec ses oncles et tantes, qu’il désigne comme les « sept branches », en référence à leur place dans l’arbre généalogique. À travers ces échanges, il revient sur les différentes étapes de l’existence de ses grands-parents : celle du grand-père, d’origine indienne, et celle de la grand-mère, vietnamienne. Le film adopte ainsi une structure chronologique, allant de l’enfance au Vietnam aux années passées en Inde, puis à l’arrivée en France, à l’installation dans le pays d’accueil, au vieillissement et, enfin, au décès successif du grand-père puis de la grand-mère.
D’un point de vue technique, l’ensemble est soigné. La mise en scène demeure sobre : les témoignages se succèdent dans un dispositif d’entretien classique, mais efficace, soutenu par un montage fluide. Le film mobilise également des photographies familiales, des archives visuelles et quelques images filmées issues de fonds extérieurs. À cela s’ajoutent deux ou trois images vraisemblablement générées par intelligence artificielle, utilisées pour illustrer certains souvenirs.
L’intérêt du documentaire, pour un chercheur travaillant sur les enjeux de mémoire, réside dans la manière dont un descendant organise la collecte et la mise en récit de la parole familiale. Le film permet d’observer les questions posées, les modalités de réponse et, plus largement, la construction d’un récit intergénérationnel. Certes, le spectateur n’a pas accès à l’ensemble du matériau recueilli : le montage opère nécessairement une sélection. Or cette sélection constitue précisément un objet d’analyse. Elle révèle ce que le réalisateur, à la fois collecteur, monteur et héritier, juge digne d’être transmis. Même lorsqu’il cherche à rester fidèle aux témoignages, son travail implique des choix subjectifs, sensibles et narratifs. En rendant cette matière publique, il ne se contente donc pas d’assembler des souvenirs : il leur donne une forme cohérente, susceptible d’être reçue par des spectateurs extérieurs à la famille.
La progression du film ne relève pas seulement d’un ordre chronologique. Elle s’organise aussi autour d’un motif central, explicitement formulé au début comme à la fin du documentaire : celui du sacrifice. Ce sacrifice est attribué aux grands-parents, mais il est également perçu par leurs enfants, qui en deviennent les témoins et les interprètes. Ce thème est fréquent dans les récits de descendants de personnes immigrées. L’exil, la migration, le déclassement social et la perte de privilèges y sont souvent associés à l’idée d’un effort parental redoublé, destiné à assurer aux enfants les meilleures conditions de vie possibles. Le documentaire apparaît ainsi comme un geste mémoriel et commémoratif, mais aussi comme un hommage explicite à deux figures fondatrices, assimilées au tronc familial par la métaphore de l’arbre généalogique.
Sur le plan historique, le film fournit seulement quelques repères permettant de situer les trajectoires individuelles dans un contexte plus large. Les raisons précises de la présence de cette famille indienne au Vietnam demeurent peu développées, même si elles peuvent être comprises dans leurs grandes lignes. L’offensive du Têt en 1968 et la chute de Saïgon en 1975 sont toutefois mentionnées comme des événements majeurs, venus bouleverser le projet familial et précipiter le départ, d’abord vers l’Inde, puis vers la France. Le documentaire s’inscrit ainsi dans une forme relativement classique de double récit biographique et familial, comparable à d’autres documentaires, mémoires ou récits de vie consacrés aux trajectoires migratoires. Son originalité tient moins à son dispositif qu’à la manière dont il incarne cette histoire : le récit est clairement construit, accessible, et rend perceptible l’adaptation progressive de la famille à des contextes successifs.
Plusieurs éléments évoqués rejoignent des problématiques bien identifiées dans les travaux sur les migrations et l’exil : le déclassement social, la précarisation, mais aussi les expériences de racisme vécues par les enfants en tant que métis indo-vietnamiens. Au Vietnam, ils ne sont pas perçus comme suffisamment vietnamiens ; en Inde, ils sont critiqués ou rejetés parce qu’ils sont assimilés à des Chinois. Face à ces formes d’exclusion, les témoins, aujourd’hui âgés d’environ soixante à quatre-vingts ans, expriment une reconnaissance marquée envers la France et la société française, notamment pour l’accueil, l’intégration et les solidarités dont ils ont bénéficié à leur arrivée. Plus encore, le film suggère que la trajectoire migratoire a profondément marqué la psychologie des parents et leur manière d’exercer leur rôle parental. Le déclassement et la perte des ressources antérieures semblent notamment conduire la mère à une anticipation permanente du pire. La réussite familiale se trouve finalement associée, comme cela est indiqué à la fin du documentaire, à l’accession à la propriété et à l’achat d’un pavillon.
Les questions d’éducation occupent également une place importante. La dureté et la sévérité parentales peuvent être interprétées à la fois au regard de la culture d’origine et de la situation de précarité produite par l’exil. Le motif du sacrifice implique aussi une forme de pression exercée sur les enfants, même si cette dimension demeure peu explicitée dans le film. Celui-ci adopte en effet une tonalité très bienveillante à l’égard des parents disparus et ne propose pas de véritable lecture critique. Ce choix est compréhensible au regard de la fonction mémorielle et hommageante du documentaire, mais il limite l’exploration des tensions éventuelles au sein de la famille. Les difficultés évoquées restent principalement extérieures : elles relèvent de la guerre, de l’exil, de la précarité ou du racisme, plutôt que des relations internes au couple, à la fratrie ou au groupe familial élargi. Aborder ces dimensions supposerait certes d’en disposer et d’accepter de les rendre publiques ; cela permettrait toutefois de saisir plus finement la complexité des relations familiales en contexte migratoire.
Dans ses dernières minutes, le documentaire aborde le vieillissement, les derniers instants des grands-parents et l’expérience du deuil, notamment celle de la grand-mère devenue veuve. Il montre ensuite la reconfiguration des liens familiaux autour du soin apporté à cette femme désormais seule, puis les effets de sa disparition sur les enfants. Cette séquence, bien que brève, ouvre une réflexion sur la fin de vie, la transmission et la disparition progressive d’une génération.
Enfin, le film laisse entrevoir la présence des générations suivantes, sans véritablement approfondir leur rapport à cette histoire. On comprend pourtant, comme cela est affirmé en conclusion, que le documentaire leur est aussi destiné. Il serait dès lors intéressant d’interroger leur propre relation à la mémoire familiale, au pays d’origine, à l’histoire migratoire et aux formes de transmission culturelle. Le discours demeure en effet relativement homogène : il propose le double portrait d’un homme et d’une femme, raconté par leurs enfants à travers les souvenirs d’une enfance présentée comme globalement heureuse, malgré la guerre et l’exil. Cette perspective rappelle, par certains aspects, le travail de Marcelino Truong. Si le rapport des oncles et tantes à la France apparaît relativement apaisé, on aimerait en savoir davantage sur leur rapport à l’histoire, aux appartenances nationales et culturelles, ainsi qu’à ce qu’ils souhaitent transmettre à leurs propres enfants. Le documentaire se présente finalement comme un témoignage filial adressé aux parents disparus, clos par des paroles d’amour et de gratitude.

 

« Explorer nos histoires individuelles, c’est aussi nourrir nos histoires collectives.» ‪@GeorgeKa‬ – Banh Mi Media

« Explorer nos histoires individuelles, c’est aussi nourrir nos histoires collectives.»

Qu’est-ce qu’être une femme asiatique en France aujourd’hui ? C’est la question qu’a posée Linda à six femmes françaises vietnamiennes inspirantes, pour une série spéciale, Banh Mi Women, en 6 épisodes. Celles qui créent et impactent l’espace public français, à travers leurs parcours. Pour ce dernier épisode, Linda a rencontré George Ka, chanteuse et compositrice dont l’album, Les rebords du monde, est sorti en avril 2025.
Repérée par Gaël Faye, elle s’est fait connaître avec sa chanson Saigon, et son clip tourné au Vietnam. Dans son texte, George Ka parle d’identité, de métissage, et de la place que l’on a dans le pays de nos racines – un pays qui ne nous connaît pas. Sa voix est celle d’une génération nouvelle, qui porte un regard d’espoir sur une société où les parcours de chacun.es viennent se connecter pour mieux résonner, ensemble. “Quand je dois faire quelque chose, je me demande : « Est-ce que ça me rend fière ? ». C’est aussi le sentiment qui te dit « t’as bien fait ».” “En fait, les histoires collectives sont la somme d’histoires individuelles et de personnes qui ont essayé de documenter, de comprendre et de poser des mots dans lesquelles d’autres personnes pouvaient se reconnaître.” “C’est là que l’humanité se crée : quand on arrive à ressentir de l’empathie et de la compréhension pour des personnes qui ont des itinéraires complètement différents.”
Un épisode qui clôture la série Banh Mi Women, et dans lequel on parle de sororité, de cultiver la joie, et de comment transformer nos histoires individuelles en histoires collectives.
Banh Mi est un podcast créé et réalisé par Linda Nguon. https://banh-mi.co/
Ecouter Georges Ka – Saigon [CLIP OFFICIEL] sur Youtube:

Indochine, histoire d’une colonie française – Radio France (podcast)

Carte postale colorisée de la Grande Rue dans le quartier de Dap-Cau à Hanoï pendant la colonisation française de l'Indochine
Illustration : Carte postale colorisée de la Grande Rue dans le quartier de Dap-Cau à Hanoï pendant la colonisation française de l’Indochine. ©Culture Club/Getty Images

À propos de la série

De la Cochinchine au Tonkin, c’est une histoire de prêtres en mission et de colons à la conquête de nouveaux marchés. C’est aussi l’histoire d’une lutte pour l’indépendance quand, avec Hô Chi Minh, l’Indochine voit rouge. Sans oublier bien sûr la bataille de Diên Biên Phu… anatomie d’une chute !

À quand remonte la présence française en Asie du Sud-Est ? Qui sont les missionnaires français envoyés en Cochinchine et au Tonkin et comment se déroule l’évangélisation de ces régions ? Qu’est-ce qui déclenche la conquête française de l’Indochine au XIXe siècle et comment s’organisent les réseaux de négoce avec la France ? Qui est Hô Chi Minh et quelle est l’histoire de l’anticolonialisme vietnamien ? Enfin, comment se déroule la guerre d’Indochine et qu’est-ce qui a conduit à la défaite française de Diên Biên Phu ? Indochine : quatre émissions pour raconter l’histoire d’une colonie française.

Épisode 1/4. De la Cochinchine au Tonkin, des prêtres en mission

Épisode 2/4. Colonisation de l’Indochine, à la conquête de nouveaux marchés

Épisode 3/4. Avec Hồ Chí Minh, l’Indochine voit rouge

Épisode 4/4. Diên Biên Phu, anatomie d’une chute

À propos du podcast

Par Xavier Mauduit. Du lundi au vendredi, “Le Cours de l’histoire” remet au goût du jour le récit de l’histoire, réservant un traitement à toutes ses occurrences dans l’espace public comme dans les productions culturelles, tout en restant très attentif à l’actualité de la recherche.

En vingt ans, les questions ont évolué, les problématiques se sont déplacées, l’enjeu politique que représente le savoir historique pour nos sociétés, pour les citoyens comme pour les pouvoirs n’est plus le même : à bien des égards, il occupe une place plus importante que jamais. Le Cours de l’histoire remet au goût du jour le récit de l’histoire, réservant un traitement à toutes ses occurrences dans l’espace public comme dans les productions culturelles, tout en restant très attentif à l’actualité de la recherche.

Lien : https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/serie-indochine-histoire-d-une-colonie-francaise#about

Performance et expérience culinaire – Prune Phi et Céline Pham – Samedi 08 mars 2025

Performance et expérience culinaire
Prune Phi et Céline Pham
Samedi 08 mars 2025 • 19:30

https://jeudepaume.org/evenement/performance-et-experience-culinaire/

Samedi 8 mars · 19:30

Jeu de Paume – Paris

Réserver
Partant de l’œuvre de Prune Phi présentée dans l’exposition, la performance interroge les rituels autour du riz.

LES ARTISTES
Née en 1991 à Paris, Prune Phi grandit dans le sud de la France. Elle vit et travaille aujourd’hui à Marseille. En étudiant les mécanismes de transmission au sein des familles, communautés et diasporas, Prune Phi explore l’oubli et la mémoire en faisant l’expérience physique et plastique de la défaillance, du manque et de la dissolution.

Céline Pham a grandi dans le Val d’Oise où ses parents vietnamiens s’installent après s’être rencontrés à Paris à la fin des années 80. Cheffe à l’origine sans attache, libre et engagée, Céline cuisine à l’envie entre résidences et voyages, dîners publics et privés. Après avoir posé ses casseroles dans les cuisines de nombreux restaurants du Monde, elle s’installe dans son premier restaurant à l’été 2022, Inari, situé dans une chapelle du XIIIe siècle dans le centre d’Arles.

Revue de presse “Migrations vietnamiennes” – Janvier 2025

À l’heure où les réseaux sociaux sont critiqués pour les idéologies qu’ils permettent de soutenir, il est tout aussi nécessaire de s’interroger sur la nature des flux continus de messages, de données, d’informations que nous consommons et que nous relayons. Dans cette optique, je continue ma revue de presse mensuelle sur les questions liées à la migration et le Vietnam en essayant d’être le plus exhaustif, le plus précis, aussi pour constituer une archive future de la situation. La presse nous donne à voir les différents points de vue des acteurs sur la question : l’action des gouvernements, la mobilisation de la population et des associations, et les trajectoires individuelles. Ici, là-bas comme ailleurs, les autorités cherchent à agir sur différents plans : la répression et la prévention, en impliquant si possible les États concernés et en mettant en place ou renforçant des accords bilatéraux (avec la Finlande, la Tchéquie, le Maroc, etc.). Les différentes articles rendent compte du caractère global et transnational des réseaux et trajectoires. Le point de départ est géographique, politique, économique et social. Les points de passages sont multiples et les moyens pour atteindre les destinations sont variés. L’objectif de migrer vers les pays riches reste le même, l’horizon plus ou moins loin, parfois tragiquement jamais atteint, parfois un leurre aux conséquences toujours aussi tristes.
Le fascisme grossier qu’on critique outre-Atlantique est aussi présent chez nous, en Europe, où les discours et politiques hostiles à l’accueil de migrants prennent de la force. En Allemagne comme en France, les idées et propositions de lois de l’extrême-droite trouvent leur écho et porte-voix dans les partis qui historiquement se refusaient tout compromis avec l’ennemi.
Ces dernières années, la migration irrégulière semble en déclin (Source : Article en anglais). Si la sociologie permet de rendre compte de la réalité du terrain, et s’il est nécessaire de compter et décrire, gardons-nous de tomber dans la logique dangereuse qui associe montée d’un chiffre à un risque et baisse d’un autre à un indicateur d’apaisement. Rappelons les conditions dans lesquelles les personnes traversent les frontières. Ce sont les frontières, comme dispositif etatique policier, qui tuent et qui décident de la légalité ou l’illégalité d’une personne. C’est cette situation administrative, juridique qui crée la fragilité, la précarité des personnes qui ont recours aux passeurs (voir L’exil toujours recommencé de Anne-Claire Defossez et Didier Fassin).

Racisme anti-asiatique : une si longue banalisation (France culture)

“Je ne suis pas chinetoque”, c’est le titre choc d’un documentaire diffusé sur France 5 ce 4 janvier. Quatre ans après les débuts du Covid qui a exacerbé le racisme anti asiatique, où en est-on ? Un retour dans le passé est nécessaire, aux origines de la banalisation de ces discriminations.

Avec
  • Simeng Wang Sociologue, chargée de recherches au CNRS
  • Ya-Han Chuang Sociologue, chercheuse à l’Institut national d’études démographiques (Ined) et fellow de l’Institut Convergences Migrations

 

Une émission à écouter sur France Culture

https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/l-info-culturelle-reportages-enquetes-analyses/racisme-anti-asiatique-une-si-longue-banalisation-5261447

 

Des rêves d’or et d’acier – Emile Tôn (recension)

La journaliste Emilie Tôn d’origine vietnamienne, raconte le parcours de son père de l’éthnie cham, de sa communauté musulmane, de son enfance au Vietnam, au Cambdoge, puis son exil jusqu’à son intégration à la société française. Comme je le décris plus en détails dans ma recension, il s’agit aussi du regard et du travail d’histoire et de mémoire de l’autrice, narratrice et héritière.

À lire sur le site des cahiers du nem :
http://lescahiersdunem.fr/a-nos-grands-peres-ces-heros-anonymes/

À lire sur le site de l’éditeur :

Des rêves d’or et d’acier

Un extrait à lire ici :

Des Rêves d’or et d’acier. Extrait du roman d’Émilie Tôn

 

Sociologie du retour des diasporas (1) – Revenir au bled

Cette série s’inscrit dans notre travail de recherche sur les mobilités des diasporas, notamment sous l’angle des questions mémorielles.
Cette recension est consacrée à l’article de Jennifer Bidet, « Revenir au bled. Tourisme diasporique, généalogique, ethnique ou identitaire ? »

Histoire des migrations – Les Réfugiés du Mékong de Karine Meslin

Une recension d’Adélaïde Martin a déjà été publiée ici. Pour éviter la répétition, nous aborderons quelques points de détails qui permettent de pousser la réflexion d’après notre point de vue.

Ce livre procède d’un double mouvement : retracer l’histoire des trajectoires personnelles et familiales de la population de la péninsule indochinoise après 1975 tout en interrogeant la réception et la perception de cette population en France, particulièrement dans la région nantaise. Les sources utilisées mêlent travaux scientifiques pré-existants, œuvres littéraires et matériaux issus de la recherche personnelle, ce qui permet à l’autrice de dresser un tableau complet des différents mécanismes institutionnels et sociaux que traversent les réfugié.es. L’ouvrage s’adresse peut-être davantage à un public profane par sa dimension de synthèse.

Si le choix d’intégrer les populations Hmong est justifié, il aurait été intéressant de mettre en parallèle aussi d’autres minorités ayant migré avec les Kinh, les Khmer et les Lao. On pense aux Hoa, au Techeow pour les minorités chinoises mais aussi d’autres ethnies vietnamiennes qui sont encore peu étudiées.

Une approche politique transnationale manque également. Ce n’est pas l’objet de l’ouvrage qui s’intéresse aux politiques françaises d’intégration, mais il semble nécessaire de replacer notamment les discours politiques d’assimilation dans son contexte global mondial, sachant notamment que la diaspora vietnamienne aux États-Unis ou au Canada et les différentes modèles de communautés servent aussi de référence, en creux, de ce que la France cherche à ne pas faire. S’il est évoqué la question d’une volonté de ne pas ghettoiser les Asiatiques, et si de nombreux éléments nous expliquent comment s’effectue l’attribution des logements, cela nous donne envie de savoir quelles sont les mobilités géographiques, sociales. L’autrice évoque rapidement le fait que le milieu social avant la migration détermine le choix d’installation dans le pays d’accueil (de la ville à la ville ou de la campagne à la campagne) autant que la couleur politique de la mairie (la crainte de l’étiquette communiste ou socialiste), mais on peut se demander si une analyse plus poussée, sur une échelle nationale voire transnationale ne révèlerait pas d’autres dynamiques et d’autres enjeux de mobilité.

Surtout, sur la dimension politique, et justement parce que cela aurait pu servir le propos du livre qui est de déconstruire l’image d’une minorité discrète ou silencieuse, il aurait été bienvenu de rendre compte de l’activité politique de certaines associations, de leur engagement pour ou contre le gouvernement et des tensions au sein même des communautés que cela provoque. Ce livre soutient l’image d’une communauté apolitique, qui veut rester neutre pour ne pas faire de vagues. Si c’est vrai en partie, on aimerait aller creuser cette question et mettre à jour les discours, les cheminements idéologiques des personnes, leurs circulations dans les familles, les communautés. Peut-être n’y a-t-il rien à dire, ou peut-être ces choses-là sont plus intimes et personnelles (et donc peu partagées), mais on aimerait savoir.

Bien évidemment, de mon point de vue de chercheur sur les nouvelles générations, je suis un peu étonné que cette question soit si peu abordée dans l’ouvrage. Encore une fois, on ne peut reprocher à un livre de traiter de toutes les questions auxquelles on aimerait des réponses mais une partie sur la question des enfants, de la famille et de l’héritage de cette histoire de migration serait pertinente. Seul un passage mentionne deux œuvres qui traitent d’un aspect seulement de cela, mais cela dénote avec le reste du livre. En effet, s’il faut souligner l’essor de productions culturelles qui interrogent ces questions, les deux exemples concernent précisément la catégorie qui n’est pas traitée dans tout le reste du livre, à savoir les premières vagues de migration de la décolonisation de l’Indochine. Ici aussi, s’il est mentionné que ces premières générations vietnamiennes permettent d’ancrer une communauté qui bénéficie aux réfugiés Boat People, il faudrait insister et s’interroger sur les rapports que ces différentes populations ont entretenu et entretiennent entre elles.

Toutes ces questions sans réponses sont justifiées, encore une fois, par la nature de l’ouvrage qui ne se veut pas exhaustif mais a le mérite de poser un cadre général qui introduit à toutes ces questions.

 

 

Memory work and Memory load (2) – [Research notes]

Having defined what the memory load was in broad terms, we can ask ourselves how it manifests itself in more detail.

There is an injunction to take care of memory work, an implicit norm that consists in valuing memory work in general and which pushes to take responsibility for the memory duty in particular for the people concerned. There is an implicit notion which states that knowing one’s origins is an important, necessary and good thing. Our societies value national, regional or local heritages and reinforce the idea that one must know their past, their history, know where they come from. On an individual level, the notion of identity pushes us to value our backgrounds and the backgrounds of our families to incorporate them into our personal identities. This is even more true for people with a so-called “immigrant background”.
My hypothesis concerning this concept of memory load consists in asserting the fact that for populations of immigrant origin, this memory load is more significant and results, perhaps particularly in France, from a double contradictory injunction: the need to know your family history as explained before, but also the difficulty and sometimes the impossibility, the refusal to value this heritage. This is specific to the second and subsequent generations who, unlike the first generations, are already more or less integrated into the host society. This raises the question of when and how the duty to remember begins, and who bears the burden? One could simplify by saying that the first generation does not bear the burden of the duty to remember but rather the duty to create the conditions for the integration of their children, and if there is a duty of transmission, one can ask to what extent it is different from the duty to remember of the younger generations.

The question of the memory load invites us to ask ourselves the question of who carries the load, and how this load is transmitted or relieved. Sometimes this burden is too heavy to carry and can be denied, rejected, abandoned, for a more or less long time. This memory load can also skip generations.

It seems obvious (but this is where we have to prove the obvious) that people of French origin born in France will not carry this memory load, since the work of remembrance is carried out by institutions, particularly schools.

We also need to distinguish the memory load from its racial components; the two overlap but are not entirely the same.

The memory load is the weight of the debt we owe to the generations before us. This debt is constituted by sacrifices, silences and taboos that were necessary for us to grow up in better conditions than them.

This debt, this memory load, we do not choose to pay it or not. We know, we have it in our blood, we want to pay it. At the same time, and this is the tension and the weight that weighs, this debt is impossible to pay.

In the same way, this memory load is infinite. Not that it can never be lightened, one can come to find peace and serenity by appropriating one’s history. But one can never entirely get rid of the weight of the voids, the lacks, the absences that are proper to all histories. One could even say that this burden becomes lighter as we become aware of its weight, as we accept that we do not have to carry it indefinitely.

It is perhaps always too late to start and always too late to finish a work of memory that has no limits other than those we give ourselves. We are always behind history which, by definition, is already past. We must accept the frustration of not knowing, of not being able to understand, of not being able to live these experiences that precede us and make us. There is something existential about wanting to witness one’s own creation, it is an indecipherable enigma. It is also always time to stop in this quest, in this investigation, when what we find does not do more than lose us.

The memory load is both a desire to know, a libido sciendi, as well as a need to find a place in a common history. The memory load manifests itself and takes on meaning only in a particular social and political context where memory is precisely lacking. It is in this way a shout that claims its right to exist and that demands the means to achieve it, to maintain itself as part of a whole. This shout is a shout of rage, of anger but also a shout of alert. It puts the others in front of the danger of forgetting, in front of the complexity of the common history. It is a cry that calls for help to carry the weight of a complex and diverse history.

The memory load is the space occupied by the questions, the issues related to one’s history. It is the energy spent to do a job that is not taken in charge by society, sometimes even against it.

Raconter l’héroïsme ordinaire de la diaspora vietnamienne, entretien avec Clément Baloup.

Déjà 5 tomes parus aux éditions La Boîte à Bulles

Le jeudi 3 décembre 2020, j’ai eu le plaisir d’échanger avec Clément Baloup, dessinateur, illustrateur, bédéiste et auteur d’une série de romans graphiques consacrés aux histoires des diasporas vietnamiennes. En tant que doctorant qui m’intéresse aux dynamiques de mémoire au sein des familles d’origine vietnamienne, je profite de cette occasion pour l’interroger sur son expérience personnelle mais c’est surtout son travail de chercheur qui m’intéresse. L’auteur qui signe tout juste le cinquième ouvrage de cette série me confie alors son processus de travail, ses échanges avec les protagonistes de ses histoires mais aussi avec son lectorat. La discussion est donc structurée autour de l’idée de raconter de bonnes histoires qui soient inspirées et documentées par les vies de celles et ceux qui ont fait et font la grande Histoire. Son dernier album – que vous devez absolument vous procurer pour compléter votre collection – Les Engagés de Nouvelle-Calédonie, est édité par La Boîte à Bulles.

Capture de l’échange en ligne.

Histoires d’une nation

Les «Histoires d’une nation» sont celles de toutes ces générations venues faire leur vie dans un nouveau pays, la France. Elles racontent 150 ans de l’histoire de France, 150 ans qui ont conduit à ce qu’aujourd’hui, un quart de la population française trouve ses racines à l’extérieur du territoire. De Michel Drucker à Camélia Jordana, de Ramzy à Estelle Mossely, enfants, petits-enfants, arrière-petits-enfants d’Italiens de Polonais, d’Arméniens, de Russes, d’Algériens, de Marocains, de Cambodgiens ou de Chinois, célèbres ou inconnus, racontent leurs histoires familiales. La série débute quand la IIIe République, traumatisée par la défaite face aux Allemands et la guerre civile de 1871, décide de construire une véritable nation. Dans chaque village, chaque quartier, tout le monde doit se sentir français.

Site officiel

le trauma colonial – karima lazali

Le trauma colonial - Karima LAZALI

Psychanalyste, Karima Lazali a mené une singulière enquête sur ce que la colonisation française a fait à la société algérienne, enquête dont elle restitue les résultats dans ce livre étonnant. Car elle a constaté chez ses patient∙e∙s des troubles dont rend mal compte la théorie psychanalytique. Et que seuls les effets profonds du « trauma colonial » permettent de comprendre : plus d’un demi-siècle après l’indépendance, les subjectivités continuent à se débattre dans des blancs de mémoire et de parole, en Algérie comme en France.
Elle montre ce que ces « blancs » doivent à l’extrême violence de la colonisation : exterminations de masse dont la mémoire enfouie n’a jamais disparu, falsifications des généalogies à la fin du XIXe siècle, sentiment massif que les individus sont réduits à des corps sans nom… La « colonialité » fut une machine à produire des effacements mémoriels allant jusqu’à falsifier le sens de l’histoire. Et en cherchant à détruire l’univers symbolique de l’« indigène », elle a notamment mis à mal la fonction paternelle : « Leurs colonisateurs ont changé les Algériens en fils de personne » (Mohammed Dib). Mais cet impossible à refouler ressurgit inlassablement. Et c’est l’une des clés, explique l’auteure, de la permanence du « fratricide » dans l’espace politique algérien : les fils frappés d’illégitimité mènent entre frères une guerre terrible, comme l’illustrent le conflit tragique FLN/MNA lors de la guerre d’indépendance ou la guerre intérieure des années 1990, qui fut aussi une terreur d’État.
Une démonstration impressionnante, où l’analyse clinique est constamment étayée par les travaux d’historiens, par les études d’acteurs engagés (comme Frantz Fanon) et, surtout, par une relecture novatrice des œuvres d’écrivains algériens de langue française (Kateb Yacine, Mohammed Dib, Nabile Farès, Mouloud Mammeri…).