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Philosophie du retour : penser les mobilités transnationales

À la suite de mes recherches sur les mobilités transnationales et diasporiques des jeunes générations, notamment issues des migrations vietnamiennes, j’ai signé un article qui s’interesse aux questions philosophiques liées aux enjeux écologiques. En effet, si la question de l’avion principalement pose débat sur l’empreinte écologique, la répartition des droits à la mobilité doit être pensée en prenant en compte le rapport spécifique que les un.es et les autres entretiennent avec les différents territoires. Cette réflexion s’inscrit dans une démarche entamée il y a plusieurs années, lorsque j’ai notamment décidé de retourner au Vietnam sans prendre l’avion, et toutes les interrogations sur ma propre posture qui avait mené à des lectures et l’animation d’ateliers sur la “décolonisation du tourisme” organisés à Rennes avec l’association déConstruire en 2018.
La revue Œconomia Humana a non seulement accepté de publier cet essai mais également soutenu un format libre qui donne la place à d’autres voix, d’autre formats, pour inventer les mobilités du futur, c’est à lire ici pour la partie plus académique et à explorer ici pour les contributions plus artistiques que j’ai eu le plaisir de coordonner avec Lệ Hà Vu.

Sur Reporterre est paru un billet de Rania Daki qui s’intéresse à ces questions.
Une émission sur France inter s’est également penchée sur la question, à écouter : le voyage est-il à décoloniser ?

Plusieurs comptes insta publient régulièrement des réflexions sur le sujet, notamment https://www.instagram.com/decolonial.voyage/

Lettre d’Info #1 – Avril/Mai 2024

Cela fait plusieurs années que j’ai commencé à partager des notes de recherche sur ce carnet en ligne. La publication y est irrégulière autant en termes de fréquence que de qualité ou forme des contenus. C’est aussi cette diversité qui donne à cette plate-forme sa richesse. La liberté éditoriale repose sur une souplesse, une auto-discipline.
Cela fait également plusieurs années que nous utilisons les réseaux sociaux et que nous sommes bombardés d’images, de sons, de textes, de liens. Si nous devons nous féliciter de la prolifération de contenus, nous devons veiller à la façon dont nous pouvons et devons en prendre soin en même temps que nous prenons soin de nous-mêmes.
Chacun.e d’entre nous consomme donc des tonnes d’informations. Depuis le début, ce blog a eu pour but d’enregistrer, de faciliter l’accès, de rendre visible les ressources concernant un nombre large de questions liées aux identités politiques et culturelles, aux rapports sociaux de race, de classe, de genre, et à la recherche sur les diasporas, les mémoires, l’histoire ou les sciences humaines en général.
Pour essayer de prendre du recul sur l’instantanéité des algorithmes, je m’essaie donc à un nouveau format, plus long, plus lent qui s’apparente à une lettre d’information dans laquelle je partagerai mes recherches du moment. Justement parce que nous consommons parfois trop rapidement les sources sans prendre le temps de les digérer, cet exercice de style particulier de recension sera l’occasion de dialoguer, discuter avec ces sources. Ce sera aussi une forme qui se rapproche alors encore plus du carnet de recherche comme journal presque intime, dans lequel on s’autorise à livrer des pensées encore en germes – à la différence que la conscience de publication pousse l’auteur à un niveau d’exigence supérieur. Les références mentionnées sont en bibliographie à la fin ou en liens directs.
Au sommaire :

Topohilia, Yi-Fu Tuan

Topohilia, Yi-Fu Tuan

C’est le lien affectif entre les gens et leur milieu.

Cela s’appuie sur les sens (nos perceptions animales ?).

Il existe dans la nature des couples d’opposition et chaque culture résoud ces tensions de manière différente. Cela débouche sur des cosmologies, des discours sur le monde.

L’homme a cette tendance à se situer au centre du monde.

 

La perception de la nature, d’un paysage dépend de son usage (fermier vs. touriste). Le touriste, le visiteur ou toute personne extérieure apporte un regard frais, une nouvelle perspective sur les choses.

Un chapitre s’attarde sur l’idée que la culture conditionne notre rapport à la nature. Il distingue les habitations “charpentées” (carpented dans le texte) ou manufacturées, et non-charpentées. Cette distinction oppose les formes rectangulaires aux formes naturelles plus arrondies.

L’idée de topophilie concerne les réponses, les réactions de l’humain à son environnement, en terme esthétique ou dans son contact à la nature, et la conscience des liens passés, cela étant inévitablement lié à la conscience de l’urbanisation.

Topophilia, p.93

 

Je m’intéresse à ce concept dans la perspective d’interroger une certaine pratique de pèlerinage, le tourisme des racines, d’un point de vue qui dépasse la seule analyse culturelle. J’entends par là qu’il y a une dimension symbolique et presque ontologique à venir sur la terre de ses ancêtres. Une réflexion sur le rapport au milieu, au territoire paraît donc nécessaire pour explorer ce thème.

Cette note est complètement arbitraire et ne prétend aucunement constituer une recension exhaustive et encore moins objective d’un ouvrage ou expliquer un concept. Pour autant, en partageant des notes et réflexions personnelles, j’espère éveiller la curiosité et ouvrir la discussion.

Repenser les “racines” raciales et culturelles avec le concept de “rhizomes”

 

Cette réflexion fait suite à la lecture d’un article de Stéphane Dorin paru en 2006 dans la revue Politix, intitulé : “La métaphore des racines : un obstacle à l’analyse sociologique des dynamiques culturelles”. Cet article “vise à démonter, pièce par pièce, les présupposés essentialistes et racialistes de la métaphore des racines culturelles, souvent invoquée dans les discours contemporains sur l’identité culturelle, dont l’authenticité serait menacée par la globalisation.” Il entend aussi montrer “que l’obsession de l’authenticité culturelle n’est pas nouvelle et que l’éloge du métissage n’en est que le revers.” Ainsi la métaphore des racines n’est pas nécessaire pour penser la “circulation de formes culturelles” mais se révèle même plus “trompeuse que féconde”.

Le piège intellectuel et rhétorique dans lequel on risque de tomber est le faux dilemme suivant : soit on fait l’éloge de bon sens de la tolérance, de l’universalisme, du métissage, soit on défend des identités trop ancrées et figées qui apparaissent comme hermétiques et conservatrices.

Je me propose donc de relever les arguments majeurs de l’article dans un premier temps pour ensuite les discuter et proposer une vision plus “positive” et nuancée de la métaphore des racines que nous développerons sous les différentes formes et appellations qu’elle prend : racine, souche, source et proposerons avec Deleuze l’usage du terme de “rhizomes”.